Cap-Vert : pour Jorge Carlos Fonseca, cette fois c’est la bonne

Par Jeune Afrique

Battu en 2001, devancé dans les sondages, Jorge Carlos Fonseca a réussi à refaire son retard pour remporter la présidentielle cap-verdienne haut la main.

Dix ans après avoir été recalé par le suffrage universel lors du scrutin de 2001, le libéral Jorge Carlos Fonseca a remporté, le 21 août, le second tour de l’élection présidentielle cap-verdienne. Belle revanche pour cet avocat de 60 ans, originaire de Mindelo, capitale culturelle de l’archipel, infatigable militant de la démocratie et corédacteur de la Constitution de 1991 qui avait sorti le Cap-Vert du règne du parti unique. Depuis, la gestion des affaires publiques s’est résumée à une compétition entre deux grandes forces politiques : le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV, ex-parti unique) et le Mouvement pour la démocratie (MPD, de Carlos Veiga).

Aujourd’hui, vingt et un ans après l’introduction du multipartisme, le Cap-Vert vit une troisième alternance paisible. La première, en 1991, avait vu l’ancien parti unique retoqué par le corps électoral au profit de l’opposition emmenée par le MPD. Deux quinquennats plus tard, usés par le pouvoir, les anciens opposants sont à leur tour remerciés par les électeurs qui rappellent aux affaires le PAICV et choisissent Pedro Pires, grande figure de la lutte de libération contre le colonialisme portugais, comme président de la République.

Réélu en 2006, ce dernier ne peut, selon les termes de la Constitution, briguer un troisième mandat. Pour le scrutin de 2011, le parti de l’indépendance investit Manuel Inocencio Sousa, 60 ans, ancien ministre des Affaires étrangères. Le PAICV est sûr de son fait, d’autant qu’il vient de remporter le scrutin législatif de février 2011, ce qui garantit le maintien de Jose Maria Neves, secrétaire général du PAICV, à la primature. C’était sans compter l’excellente campagne électorale menée par Jorge Carlos Fonseca.

"Un président avec le peuple"

Fonseca partage avec son rival de nombreux points communs : ex-chef de la diplomatie, sexagénaire, et originaire de Mindelo. Mélomane comme tout Cap-Verdien qui se respecte, Fonseca gratte la guitare, s’abreuve de morna et de finaçon (genres musicaux très prisés dans l’archipel) et, entre deux plaidoiries (il dirige un cabinet d’avocat) et trois discours (il fait partie des cadres actifs du MPD), il s’adonne à la poésie et à la littérature (une dizaine de publications). Échaudé par son échec de 2001 – il avait alors affronté Pedro Pires et son propre président de parti, Carlos Veiga –, Jorge Carlos Fonseca sillonne les îles de l’archipel, organise des rencontres de proximité avec les électeurs et privilégie un discours assez populiste.

Son slogan : « Un président avec le peuple ». Grâce à cette campagne rondement menée, il refait son retard et l’emporte, avec près de 55 % des suffrages exprimés, contre le candidat du parti au pouvoir. Lequel, comme il est désormais de coutume au Cap-Vert, a reconnu la victoire de son rival. C’est ainsi que s’est opérée la troisième alternance paisible de l’histoire du pays.

En revanche, Jorge Carlos Fonseca sera confronté à une situation inédite : la cohabitation. Pour la première fois depuis l’ouverture démocratique, le président de la République et le Premier ministre ne sont pas du même bord politique. Le libéral Antonio Mascarenhas Monteiro (1991-2001) a eu comme chef de gouvernement Carlos Veiga, fondateur du MPD. Le vétéran de la guerre d’indépendance, Pedro Pires (2001-2011), a travaillé avec Jose Maria Neves, secrétaire général du PAICV. Jorge Carlos Fonseca n’aura pas la chance de ses deux prédécesseurs. Il devra composer avec un chef de gouvernement de gauche. Ce qui ne semble pas inquiéter outre mesure l’avocat-poète devenu président. 

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