Terrorisme : Google contre Al-Qaïda

Une page du site web islamiste Inspire. © D.R.

Rap, sites internet branchés… Al-Qaïda ne ménage pas ses efforts pour séduire les jeunes Américains. Mais la riposte s’organise. À l’initiative du célèbre moteur de recherche Google.

« Rien de plus doux / Que le son d’une roquette / Mais ce n’est rien comparé aux smart bombs / Qui, elles, ne ratent jamais leur cible… » Comme souvent dans le rap, la voix est lancinante, le rythme simple. « Rien de plus heureux qu’un martyr / Il a tout et il revient / Pour tuer et tuer / Et être tué si Allah le veut. » Malgré soi, on se laisse porter par les tonalités R’nB du refrain : « Envoie-m’en des tonnes [de missiles, NDLR], comme pour Zarqaoui / Envoie-moi un drone, comme pour Abou Laith al-Libi. »

« Envoie-moi un missile », la nouvelle version du morceau de jihad rap, fait froid dans le dos. Son auteur se nomme Omar Hammami. C’est un Américain de l’Alabama, aujourd’hui commandant du mouvement Shebab aux États-Unis.

« Les clips de jihad rap se sont récemment multipliés sur YouTube, commente Jessica Stern, ancienne consultante de l’administration Clinton aujourd’hui spécialiste du contre-terrorisme à l’université Harvard. Les méthodes de recrutement d’Al-Qaïda se sont modernisées de façon à séduire les jeunes Américains et à les inciter à passer à l’acte. Pour nombre de ces derniers, le djihad apparaît comme un moyen plutôt cool d’exprimer son mécontentement et ses frustrations. Le magazine web Inspire est un autre exemple de cette stratégie. La mise en pages, l’emploi des couleurs, le style en font un site web tout à fait capable de séduire les adolescents. »

Surdoué

Jessica Stern était l’un des experts invités, au mois de juin à Dublin, au Summit Against Violent Extremism organisé par Google Ideas, le dernier-né des think-tanks de Google. Google Ideas est dirigé par Jared Cohen, le jeune surdoué du département d’État américain qui permit à Twitter de fonctionner pendant la révolte iranienne de 2009. Objectif de ce sommet : réunir en un même lieu victimes, experts et terroristes repentis venus de tous les horizons (Al-Qaïda, Farc de Colombie, néonazis) afin de réfléchir aux moyens d’empêcher les jeunes de se laisser séduire par les extrémistes.

« C’est une initiative privée vraiment innovante, se réjouit Jessica Stern. Al-Qaïda exploite la psychologie adolescente. Nous devons répondre avec des méthodes similaires. Cohen maîtrise parfaitement les codes de communication actuels. Et surtout, il est extraordinairement réactif. Le 24 juillet, quarante-huit heures après les attentats de Norvège, il a envoyé aux participants du sommet un e-mail leur donnant vingt-quatre heures pour poster sur YouTube des vidéos “branchées” dénonçant les théories d’Anders Behring Breivik. Il n’y a pas de mystère : Cohen a 29 ans et nos meilleurs conseillers à la Maison Blanche ont dépassé la cinquantaine ! »