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Algérie : pourquoi le FIS n’a pas été réhabilité

Par Jeune Afrique

Bouteflika n'a pas tranché en faveur des partisans de la réhabilitation du FIS. © AFP

Le 11 septembre a vu le gouvernement algérien plancher comme jamais sur des problématiques très délicates : les lois sur les partis et les associations ainsi que le code de l’information. La question de la réhabilitation du Front islamique du salut (FIS) a suscité de vifs débats, avant que Abdelaziz Bouteflika ne tranche. Pour le moment.

Jamais, de mémoire d’Algérien indépendant, un Conseil des ministres n’aura duré autant : plus de vingt-quatre heures ! Aucune crise majeure (et l’Algérie en a pourtant vécu ces cinquante dernières années), pas même l’assassinat du président Mohamed Boudiaf, le 29 juin 1992, n’avait provoqué autant de palabres dans la grande salle du palais d’El-Mouradia. Le 11 septembre 2011, quand le reste du monde avait les yeux tournés vers New York, Abdelaziz Bouteflika convoquait son gouvernement. À l’ordre du jour : les réformes politiques profondes qu’il avait promises, le 15 avril, alors que le vent de la révolution soufflait en Tunisie et en Égypte, et que l’insurrection de Benghazi secouait les fondements de la dictature en Libye. Au menu de ce 11 septembre donc : la refonte de la loi sur les partis, la révision de celle sur les associations et le nouveau code de l’information.

La loi sur les partis, censée conforter le pluralisme politique, a été revue à la suite des concertations avec la classe politique et la société civile, menées par Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation. Elle limitera les pouvoirs de l’administration sur l’agrément des partis, ouvrant des voies de recours aux demandeurs et imposant au ministère de l’Intérieur un délai de soixante jours pour donner son avis motivé. Au-delà, l’agrément sera délivré d’office. Mais le débat se concentre sur un seul point : faut-il réhabiliter le Front islamique du salut (FIS, dissous en mars 1992 par la justice) ? Très vite, deux camps s’opposent.

Le camp du refus

Le premier milite pour le retour des islamistes radicaux, au nom de la réconciliation nationale. Emmené par Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN et ministre d’État, secondé par Mahmoud Khoudri, ministre des Relations avec le Parlement et membre de l’ex-parti unique, le camp des « réhabilitateurs » compte également les ministres issus du Mouvement de la société pour la paix (MSP, ex-Hamas, d’obédience Frères musulmans). En face, le camp du refus se résume à deux membres du gouvernement : Yazid Zerhouni, vice-Premier ministre, et Khalida Toumi, ministre de la Culture. Leur détermination compense le poids du nombre, d’autant qu’ils enregistrent l’apport d’Ahmed Ouyahia. Le Premier ministre affirme que la charte sur la réconciliation nationale de 2006 avait interdit la pratique politique à ceux qui ont encouragé et commandité les actes terroristes. Bouteflika tranche : pas de retour du FIS.

La loi sur les associations inspire autant de passion. L’organisation de la démocratie participative est moins aisée qu’on ne le pense. Mais, après deux heures d’échanges, le texte est adopté. Alors que Nacer Mehal, le ministre de la Communication, s’apprête à lire son projet sur la troisième partie des réformes, il est interrompu par le chef de l’État : « Nous sommes fatigués et avons besoin de souffler. Nous reprendrons nos travaux demain à 8 heures. »

Le lendemain, la séance est plus rapide. La nouvelle loi sur l’information exclut « toute peine privative de liberté pour les journalistes dans le cadre de leur activité professionnelle ». La dépénalisation des délits de presse, vieille revendication de la corporation, est adoptée, et l’ouverture de l’audiovisuel, monopole exclusif de l’État depuis l’indépendance du pays, est consacrée. Un joli pas en avant que tous les médias attendent de voir confirmé.

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