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Rwanda : Louise Mushikiwabo, de Washington à Kigali

Proche du chef de l'État, elle revendique toutefois un esprit indépendant. © Vincent Fournier pour J.A.

Rentrée en 2008, après vingt-deux années passées aux États-Unis, la ministre rwandaise des Affaires étrangères est bien décidée à promouvoir l’image de son pays.

Après Paris, New York pour la 66e Assemblée générale des Nations unies, puis Istanbul (Turquie), où Kigali s’apprête à ouvrir un consulat… La cinquantaine élégante, la femme qui nous rend visite passe pour une travailleuse acharnée et un esprit indépendant, refusant toute appartenance à un parti, malgré sa proximité avec le chef de l’État, Paul Kagamé, dont elle a préparé la visite à Paris et qu’elle a accompagné en cette mi-septembre. Ministre des Affaires étrangères depuis décembre 2009, après avoir détenu le portefeuille de l’Information, Louise Mushikiwabo se pose en VRP d’un Rwanda qu’elle dit « apaisé, ambitieux, prêt à jouer son rôle sur la scène internationale et à apporter sa contribution dans la sous-région et sur l’ensemble du continent ».

En attendant de reprendre son bâton de pèlerin pour restaurer l’image de son pays, assombrie par le génocide de 1994, elle s’agace de nous entendre insister sur ses relations conflictuelles avec son homologue français, Alain Juppé, opportunément absent du pays. « Au Rwanda, nous avons coutume de dire la vérité, sans arrogance, sans méchanceté, répond celle qui fut aussi directrice de la communication à la Banque africaine de développement, à Tunis. Il faut jouer cartes sur table pour pouvoir avancer. La France a fait beaucoup de mal au Rwanda, et mettre en place un processus de normalisation de nos relations a été une décision difficile à prendre : nous savions que les obstacles ne manqueraient pas. »

C’est sans sourciller qu’elle accueille, les mains croisées sur la table, les allusions aux protestations émises dans certains cercles français à l’occasion de cette visite du président rwandais. Si elle rejette les accusations d’ONG sur les violations des droits de l’homme, elle est d’humeur badine lorsqu’elle évoque les éventuels opposants en exil, invitant Jeune Afrique à en dresser les portraits dans ses colonnes, « pour qu’on sache enfin qui ils sont ».

Originaire de Kigali, mariée à un Américain, elle est contrainte par les violences qui agitent son pays de passer les années 1990 aux États-Unis, où elle a fait ses études d’interprétariat. Parfaitement bilingue, elle y a vécu vingt-deux ans, mais affirme que sa longue absence ne l’a pas éloignée des réalités du pays, où elle a pris soin de retourner régulièrement après le génocide, avant un retour définitif en 2008.

Au cours de cet échange, qui a pour elle des allures de pause au milieu d’un agenda surchargé, elle revient sur sa candidature à la tête d’ONU Femmes en septembre 2010, pour laquelle lui a été préférée Michelle Bachelet, ex-présidente du Chili. Elle affirme n’en avoir conservé aucune amertume, ravie en fin de compte de pouvoir continuer à servir son pays.

D’autant que les motifs de satisfaction ne manquent pas. Comme celui de voir quelque cent vingt jeunes orphelins du génocide passer du secondaire à l’université, puis trouver un emploi, grâce au Rwanda Children Found, un organisme qu’elle a cocréé. Moins engagée aujourd’hui en raison de son emploi du temps de ministre, elle poursuit une activité de conseil auprès d’eux, l’objectif étant de leur permettre de garder espoir. Mais, au final, ce dont elle est le plus fière aujourd’hui, c’est de ce pays passé de la déchirure à la réconciliation – un pays, explique-t-elle, dont les citoyens ont retrouvé leur dignité. La plupart de ceux qui ont vécu une quasi-crise d’identité après le génocide semblent regarder l’avenir avec davantage de sérénité et d’optimisme.

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