États-Unis : un Texan peut en cacher un autre

Rick Perry, 61 ans, en campagne à Tampa, le 12 septembre. © Scott Audette/Reuters

Ultraconservateur, populiste et chrétien fanatique, il brigue l’investiture républicaine pour la présidentielle américaine de 2012. George W. Bush ? Non, Rick Perry.

Dans la course à l’investiture républicaine pour la présidentielle de 2012, Rick Perry, c’est un peu l’éléphant dans un magasin de porcelaine. Entré tardivement en lice, le gouverneur du Texas écrase depuis la concurrence. Selon les derniers sondages, il devancerait même Mitt Romney, qui fit longtemps figure de favori.

Ancien boy-scout, Perry, 61 ans, est l’incarnation de la droite américaine pure et dure. Bottes de cow-boy et sourire carnassier, c’est un Texan pur jus – il est né dans les grandes plaines désolées de l’ouest de l’État.

À Ben Bernanke, le président de la FED, la Réserve fédérale, qu’il accuse d’avoir détraqué l’économie, il a promis un comité d’accueil musclé si, d’aventure, l’envie lui venait de se rendre au Texas.

Au niveau des idées, c’est du Tea Party dans le texte. Populiste jusqu’au bout des ongles, il n’a pas de mots assez durs pour fustiger le big government et souhaite ouvertement le démantèlement de la Sécurité sociale, institution qu’il compare au « schéma de Ponzi » cher à l’escroc Bernard Madoff ! Son cri de ralliement ? « Fed up » (« y en a marre »), titre de son deuxième livre. Sur le plan des mœurs, c’est du même tonneau. En bon boy-scout qu’il est resté, il appelle de ses vœux une refondation morale de l’Amérique, mais se montre d’une extrême férocité lorsqu’il s’agit d’imposer le respect de l’ordre. Depuis onze ans qu’il gouverne le Texas, il a fait exécuter plus de 230 détenus. Un sinistre record.

Homélie

Dieu est pourtant au cœur des convictions de ce chrétien méthodiste. Début août, dans un stade de Houston, il a célébré devant 30 000 personnes une grand-messe aux allures de meeting. Morceau choisi dans son homélie : « Seigneur, notre cœur saigne pour l’Amérique. La discorde règne dans les allées du pouvoir et sur les marchés. Nous avons oublié Celui qui nous a faits et, pour cela, nous implorons Ton pardon. » Édifiant, non ?

Curieusement, Perry n’a pas toujours été le conservateur forcené qu’il est devenu. Il y a vingt ans, il était démocrate et proche d’Al Gore. En 2007, il a même proposé que les mineures du Texas soient vaccinées contre un virus responsable du cancer du col de l’utérus. Un instant d’égarement dont il s’est depuis excusé.

Bateleur surdoué, Rick Perry, à l’instar d’une Sarah Palin (qui maintient le mystère sur ses intentions présidentielles), commet périodiquement de retentissantes bourdes. Des exemples ? Pour lui, les homosexuels sont semblables « aux alcooliques qui ne peuvent s’empêcher de boire ». Devant la pagaille qui règne à Washington, il est allé jusqu’à brandir la menace d’une sécession du Texas !

Mais le plus grand handicap de Perry, c’est sa ressemblance avec George W. Bush, l’un des pires présidents de l’histoire des États-Unis, auquel il a d’ailleurs, en 2000, succédé à la tête du Texas. Même côté brut de décoffrage… Même accent traînant… On comprend qu’il fasse tout pour s’en démarquer. Pour marquer sa différence – « GWB » est l’héritier d’une illustre dynastie politique –, il évoque à tout propos ses racines populaires – il est fils de fermier – et son diplôme en sciences animales décroché dans une obscure université texane…

Les primaires ont véritablement commencé avec le débat télévisé du 7 septembre. Sauf grosse surprise, l’investiture républicaine devrait se jouer entre Perry, Romney et, peut-être, Michele Bachmann. Le premier possède un atout majeur : il gouverne l’État qui a créé le plus d’emplois au cours de la décennie écoulée. Une performance dans une Amérique où le taux de chômage reste bloqué à 9 %…

Il a tout pour être le redresseur de torts que l’Amérique conservatrice attend désespérément. Celui qui ramènera les emplois et restaurera la fierté d’un pays déboussolé. S’il remporte la primaire, il aura une belle carte à jouer en 2012, face à un Barack Obama affaibli.

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Jean-Eric Boulin, à New York.