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Allô Sarko ? Ici Khokho !

par

Fouad Laroui est écrivain.

Les parents ont-ils le droit de donner n’importe quel prénom à leurs enfants ? Pour les Jean, Ilham ou Boris, OK, on ne va pas créer des problèmes là où il n’y en a pas. (Encore qu’il peut sembler bizarre que le président de l’Azerbaïdjan s’appelle Ilham, malgré sa moustache virile, alors que, pour les Arabes, « Ilham » évoque une jeune fille rougissante au minois avenant…) Mais on apprend que plusieurs bébés libyens ont récemment été prénommés « Sarkozy » par leurs parents éperdus de reconnaissance envers le président de la République française. On comprend le geste, on peut même en apprécier l’audace, mais un doute nous étreint : qu’adviendra-t-il de tous ces petits Sarkozy quand l’ex-Président ne sera plus qu’une silhouette sirotant un soda sur le yacht de Bolloré ? On imagine sans peine les brimades dans la cour de récré, surtout qu’il y a une façon de prononcer « Sarkozy » qui signifie en arabe « ils ont volé le zi ». Tout un programme, mais difficile à assumer quand on est un moutard de 6 ans entouré de « grands » ricaneurs…

De l’autre côté du monde, on apprend avec une émotion à peine feinte que des parents mexicains ont baptisé leur nouveau-né Yahoo. Malgré leur insistance, ils n’ont pu obtenir de l’officier de l’état civil qu’il ajoute le point d’exclamation qui fait partie intégrante de la raison sociale de la firme de Sunnyvale. Qu’à cela ne tienne, le petit Yahoo existe et brait (en mexicain) dans ses langes. Souhaitons-lui de rencontrer un jour Miss Google ou la señorita Facebook (prononcer « Fassébouque ») pour compléter le tableau. Mais pourquoi ce prénom zarbi, demandez-vous ? Eh bien, il se trouve que les parents s’étaient rencontrés par l’intermédiaire d’un site géré par Yahoo!. Heureusement qu’ils ne se sont pas rencontrés via Hot hot hot ou Guiliguiliguili…

Tout cela me rappelle qu’en 1979, dans la bonne ville marocaine d’El-Jadida, où j’habitais alors, des parents s’étaient présentés à l’état civil en clamant que leur bébé se prénommait Khomeiny, du nom d’un certain ayatollah dont on parlait à la radio. Après une période de flottement, les autorités avaient mis le holà à cette lubie en décrétant que ce nom n’était pas sur « la liste » – une liste d’autant plus contraignante que personne ne l’avait jamais vue. Et c’est ainsi qu’il n’y a jamais eu de petit Khokho gambadant sur la plage d’El-Jadida. Enfin, et pour compléter le tableau, rappelons l’histoire de Périf’ Nord, cette charmante enfant née par hasard (et dans l’urgence) au bord du boulevard périphérique du nord de Paris. L’administration refusa « Nord » au prétexte que les prénoms ne pouvaient contenir une indication géographique. Dont acte. Saluez Périf’ de ma part si vous la croisez un jour…

Revenons donc à notre question de départ. Les parents ont-ils le droit de donner n’importe quel prénom à leurs enfants ? Oui, mais à condition qu’il ne soit que provisoire et qu’à sa majorité chacun de nous choisisse celui qui sera le sien pour le reste de sa vie. Gageons qu’il restera peu de Sarkozy, de Khomeiny ou de Périf’ Nord dans la vie active… 

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