Tunisie – Constituante : manque de transparence dans les financements de campagne

Par Jeune Afrique

Des Tunisiens devant une affiche électorale à Tunis. © AFP

À défaut d’un financement prévu par la loi, certains candidats à l'élection de l'Assemblée constituante tunisienne ont eu recours au "mécénat".

En Tunisie, on est en train de découvrir que la démocratie a un coût. Et, en l’absence d’une législation – un projet de loi prévoyant le financement des partis par des personnes morales a été abandonné –, c’est la loi du silence et la suspicion qui règnent. Si la campagne officielle est subventionnée par l’État, pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel – les dépenses de communication, le choix des sièges de campagne luxueux, l’organisation de meetings et la mobilisation des militants –, l’argent coule à flots. Mais sa couleur est opaque. En dehors d’Ennahdha, le seul parti de masse – qui peut donc justifier ses moyens par la générosité supposée de ses partisans –, les autres formations, celles de création récente et les plus anciennes, qui ne comptent que quelques centaines d’adhérents, sont dans l’obligation d’improviser.

L’énigmatique Slim Riahi

Jambes écartées, mains dans les poches, ventre bedonnant contrastant avec un visage plus juvénile que ses 39 ans, Slim Riahi observe la foule du haut des gradins du Palais des sports d’El-Menzah, à Tunis, le 30 septembre. Des dizaines de bus ont amené plus de 5 000 jeunes de toutes les régions du pays, tous frais payés, pour écouter leur « bienfaiteur » à l’occasion de l’ouverture de la campagne électorale de l’Union patriotique libre (UPL), le parti qu’il vient de créer. La mise en scène du show est assurée par l’agence de communication Grey Group, qui a à son actif les fastueuses et coûteuses festivités marquant le quarantième anniversaire de Mouammar Kadhafi au pouvoir, en 2009, à Tripoli. Riahi y vivait depuis les années 1980. Formé en management à Londres, il s’est lancé dans les services aux compagnies pétrolières et affiche un chiffre d’affaires annuel de 2,7 milliards de dollars (2 milliards d’euros) pour 3 700 employés. Les Libyens qui le connaissaient à Tripoli sont formels : il était soutenu par Mootassem Kadhafi, son compagnon de « sorties », qui lui a ouvert les portes. Allégation sur laquelle Riahi reste muet.

Les hommes d’affaires se sont découvert une fièvre partisane. Certains misent sur plusieurs candidats. D’autres s’offrent leur propre parti. C’est le cas par exemple de Faouzi Elloumi, un député de l’ex-parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). D’autres encore expriment leur sympathie en faisant des apparitions dans les meetings de leurs « protégés ». Celui qui défraie la chronique est le milliardaire Slim Riahi, qui a créé sa formation et mène depuis juin une campagne dépensière avec l’aide de l’agence de communication Grey Group (voir encadré ci-contre).

Marketing politique

Le Parti démocratique progressiste (PDP) de Néjib Chebbi dispose, lui, de sa propre équipe de marketing politique. De mai à août, ils ont été épaulés par l’agence algérienne MMC DDB – affiliée au groupe mondial DDB. La filiale libanaise du groupe américain JWT a pris la relève en août. On peut aussi remarquer la présence discrète de nombreux hommes d’affaires connus, comme le richissime et généreux donateur Chafik Jarraya. Lors de la réception donnée par Chebbi, le 21 mai dans un grand hôtel de la capitale, le patron de la chaîne Magasin général, Tahar Bayahi, l’homme d’affaires Lotfi Hamrouni et l’ex-banquier Kamal Nejei figuraient parmi les convives de marque.

En comparaison, la campagne d’Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar, qui a eu recours à l’agence Ogilvy, paraît modeste. Il est le seul parti à rendre publics ses revenus et ses dépenses. Celles-ci ont atteint 1 million de dinars (520 000 euros) depuis début 2011.