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France – Sénégal : Rama Sall, l’autre Rama

Elle est au Parti socialiste, mais ne se prive pas d'avoir ses propres idées. © Vincent Fournier pour J.A.

Rama Sall est française, mais elle a demandé la nationalité sénégalaise. Elle est au Parti socialiste, mais ne se prive pas d’avoir ses propres idées. À suivre…

« Ne lui demandez pas si elle représente la diversité au Mouvement des jeunes socialistes (MJS), vous allez l’énerver ! » Le conseil, qui émane de l’un des plus proches camarades de Rama Sall, se révèle utile. « Si un jour j’ai l’impression que je suis là pour ma couleur de peau, j’arrêterai tout de suite », répond-elle à l’imprudent qui ose lui demander son sentiment sur la question. À 25 ans, la jeune femme née en France de parents sénégalais devrait en toute logique devenir secrétaire générale (numéro deux) de l’organisation lors de son prochain congrès, au mois de novembre. Employée à temps plein au siège du Parti socialiste (PS), elle codirige la campagne de Martine Aubry pour la jeunesse en vue de l’élection présidentielle de 2012.

Si Rama Sall est très fière de ses origines – elle a entamé des démarches pour obtenir la nationalité sénégalaise –, elle ne veut devoir sa réussite qu’à son seul travail. L’explication est sans doute à chercher du côté de parents dévoués au service de l’État. Tous deux enfants de petits fonctionnaires dakarois (l’un des grands-pères de Rama était éboueur, l’autre aide-soignant), ils ont quitté le Sénégal ensemble pour étudier la criminologie à la Sorbonne. Aujourd’hui, son père est responsable des questions de sécurité pour la ville du Havre (Nord-Ouest), après être passé par quelques-unes des villes les plus dures de France. Quant à sa mère, elle travaille pour un groupement de mutuelles de santé du secteur public.

C’est à Mantes-la-Jolie, une ville moyenne de la banlieue parisienne, qu’ils ont élu domicile. D’abord au Val-Fourré, cité à la réputation sulfureuse où la petite Rama a passé ses premières années. Puis, pour « préserver les enfants » (deux garçons et deux filles), ils ont emménagé dans le quartier plus calme de Gassicourt. C’est néanmoins dans un lycée de cette zone d’éducation prioritaire (ZEP, quartiers défavorisés) qu’elle va préparer son bac. Les difficultés de certains de ses camarades la touchent d’autant plus que les saillies médiatiques d’un Nicolas Sarkozy alors ministre de l’Intérieur sont perçues comme des provocations. Mais l’établissement offre aussi de belles opportunités, parmi lesquelles une filière qui facilite l’accès au prestigieux Institut d’études politiques (IEP) de Paris. « On m’avait proposé de déposer un dossier, explique-t-elle. J’ai refusé. » C’est que Rama Sall a déjà des idées bien arrêtées : cette méthode de sélection « hypocrite » n’est destinée qu’à faire émerger une « élite » de banlieue qui sert de « faire-valoir » au système. Voilà qui est dit.

C’est donc à la faculté de Nanterre qu’elle entame des études de droit. En 2007, elle franchit le seuil de la politique et prend sa carte au Parti socialiste (PS). « Je voulais arrêter le mec qui humiliait en disant : “On va tout nettoyer au karcher.” » Comme elle, toute une génération de nouveaux militants obtient sa carte au tarif réduit de 20 euros pendant la campagne. Après la défaite, la plupart quittent le navire. Mais Rama Sall est têtue : elle reste et consacre de plus en plus de temps au parti à l’approche des municipales de 2008, sa première vraie campagne. « C’est à cette époque que j’ai commencé à suivre mes cours par intermittence, concède-t-elle. En prenant mon temps. » Elle réussit à se frayer un chemin jusqu’en deuxième année de master en sciences politiques, mais donne la priorité à la politique. Entrée au MJS, elle accède au bureau national au bout de quelques mois. « Quand on a des responsabilités à ce niveau, c’est qu’on est ambitieux », affirment plusieurs militants. « Au risque de paraître naïve, je ne pense vraiment pas à être élue ou à devenir une ­professionnelle de la politique », répond-elle. Si elle ne vise pas de cir­conscription, elle ne refuse en revanche pas la reconnaissance : elle s’est spontanément proposée à Jeune Afrique pour apparaître dans cette rubrique…

Reste qu’elle ne renie pas ses convictions pour coller au discours du PS. L’intervention en Libye ? « J’étais contre », affirme-t-elle, alors que plusieurs ténors du parti ont accordé leur soutien aux opérations militaires contre Mouammar Kadhafi. « Nous sommes censés être pour l’auto­détermination des peuples. On ne peut pas rendre nos principes flexibles au gré du vent », dénonce-t-elle. L’homme politique qui l’inspire le plus ? Hésitante, elle pense à Senghor et à l’admiration de son père, qui imposait à sa progéniture de longues heures de discours du poète-président. Mais le nom de François Mitterrand lui démange les lèvres. « Je ne peux pas le citer comme un modèle, tranche-t-elle. Il a trop merdé sur les relations avec l’Afrique. » Méfiante, elle « espère bien » que les socialistes français sont prêts à rompre avec les errements françafricains. Pour s’en assurer, elle est déterminée à se battre. De l’intérieur.

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