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Madagascar : le retour de Didier Ratsiraka

En 2003, il avait été condamné à 10 ans de traveaux forcés au terme d'un simulacre de procès. © AFP

Après neuf ans d’exil, l’ex-promoteur du « socialisme croyant », Didier Ratsiraka, est rentré à Madagascar, où les autorités transitoires assurent qu’il aura droit à tous les honneurs dus à un ancien chef d’État.

C’est à bord d’un avion de la Corsair, une compagnie française, que Didier Ratsiraka, « marin de métier » – comme il se définissait il y a quelques années, ajoutant qu’il n’était qu’un « politicien de fortune » –, a regagné sa terre natale. Un peu plus de neuf ans après avoir fui Madagascar, en juillet 2002, celui qui ne veut plus être appelé l’Amiral rouge, vestige d’un temps où il se faisait le promoteur d’un socialisme à la sauce malgache, a retrouvé les siens le 24 novembre, en milieu de matinée. Accueilli par ses partisans à l’aéroport d’Ivato, il s’est ensuite dirigé vers l’hôtel, où il séjournera quelque temps avant de retrouver sa résidence, en cours de réfection.

Ce retour, cela faisait plus d’un an que l’ex-président (de 1975 à 1993, puis de 1996 à 2002) l’annonçait. Confortablement installé dans un petit pavillon de Neuilly-sur-Seine, en banlieue parisienne, il n’avait jamais caché son désir de revenir au pays. Condamné en 2003, un an après sa fuite, à dix ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics au terme d’un simulacre de procès, il savait que Marc Ravalomanana, son tombeur, ne le lui permettrait pas. L’arrivée au pouvoir d’Andry Rajoelina en mars 2009, à laquelle il a indirectement œuvré (c’est une de ses interventions télévisées qui a mis le feu aux poudres en décembre 2008), lui avait redonné espoir. Mais il lui fallait des assurances : ne pas être poursuivi par la justice ; et être logé, sa demeure familiale ayant été détruite par un incendie l’année dernière.

Ni lui ni ses proches qui l’ont accompagné dans son exil (son épouse, Céline, et ses deux filles, Annick et Sophie) n’ont souhaité s’étendre sur ce qui l’a poussé à se décider. « Tant qu’il est sur le sol français, il est soumis au devoir de réserve, expliquait l’une de ses filles à quelques heures du départ. Nous attendions l’assentiment des autorités “de fait” pour rentrer. Mais nous n’avons jamais reçu l’invitation. Nous avons donc pris nos responsabilités. » La Haute Autorité de la transition (HAT) assure de son côté qu’il aura droit à tous les honneurs dus à un ex-chef d’État.

Trop tard ? Pas un mot, non plus, sur l’état d’esprit de son père. Vit-il ce retour comme une libération ? Pas sûr. À 75 ans, Ratsiraka, qui apprécie la culture française, n’est plus cet étudiant indigné par la répression coloniale, ni même ce jeune capitaine de frégate qui, après un passage à l’ambassade de Madagascar à Paris, profita de sa nomination au ministère des Affaires étrangères, en 1972, au sein d’un cabinet militaire, pour prendre sa revanche sur l’ancien colon et dénoncer les accords de coopération signés avec Paris en 1960. Aux yeux de la plupart des Malgaches, dont beaucoup sont nés il y a moins de vingt ans, il n’est même plus « l’artisan de la seconde indépendance », un titre qu’il a acquis après sa prise de pouvoir en 1975. Ratsiraka, c’est aujourd’hui le souvenir de la répression des années 1980 et de l’échec du « socialisme croyant », ou, pour les plus jeunes, celui d’un chef d’État vieillissant incapable de freiner l’ascension d’un jeune commerçant nommé Ravalomanana.

Malgré tout, l’événement est considérable. Les mesures de sécurité prises par les autorités à l’annonce de son arrivée le prouvent. À plusieurs reprises, il a déclaré détenir « deux ou trois solutions » pour en finir avec la crise politique. « Longtemps, il a pensé que son retour débloquerait tout », dit un proche resté au pays. Mais n’arrive-t-il pas trop tard ? Contrairement aux autres ex-présidents, Ratsiraka n’a pas signé la feuille de route de sortie de crise. Il ne compte aucun de ses hommes au sein du gouvernement d’union nationale mis en place le 21 novembre. 

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