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Dossier

"Cet article est issu du dossier" «Urbanisme : des racines et des villes»

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Villes africaines : l’urbanisation, un défi pour l’avenir

EN 2050, plus d’un milliard d’Africains seront des citadins, contre 400 millions actuellement et 20 millions en 1950. Une évolution radicale due à l’expansion démographique (le nombre moyen d’enfants par femme sur le continent, bien qu’en régression, est encore de 4,38), aux migrations rurales, économiques et transfrontalières. Pour désigner le phénomène d’urbanisation accélérée, les sociologues ont inventé l’expression « Homo urbanus ». Et, après l’Europe, les Amériques et l’Asie, c’est à l’Afrique de mener sa révolution urbaine.

Les régions les plus urbanisées du continent sont les zones littorales du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest, la vallée du Nil, l’Éthiopie, ainsi que, pour l’Afrique australe, la côte reliant Le Cap à Maputo. Quelque 40 % des citadins s’entassent dans les mégalopoles comme Le Caire, Lagos, Kinshasa, Abidjan, Johannesburg ou encore Casablanca, les 60 % restants étant concentrés dans des villes de moins de 500 000 habitants.

Lieu de rencontre par excellence, la ville est le creuset du métissage et des échanges, culturels et économiques. C’est aussi un espace d’expression de l’individualisme. On y échappe plus facilement aux pressions sociales. L’infidélité y est plus aisée, le recours au divorce aussi. Les habitudes alimentaires y évoluent. À Dakar comme à Kinshasa, les repas se prennent de plus en plus sur le pouce, en dehors de la cellule familiale. À Rabat ou à Casablanca, les classes moyennes font leurs courses dans les grands centres commerciaux. Le week-end, les parents emmènent leurs enfants dans des centres de loisirs, déjeunent au restaurant, se requinquent dans une salle de sport. Des plaisirs coûteux loin de la portée des plus démunis, qui s’autorisent un café en terrasse ou un thé au grin.

La ville africaine, c’est aussi le lieu d’expression préféré d’une jeunesse (l’âge moyen des citadins africains est de 18 ans) particulièrement touchée par la précarité de l’emploi, la faillite du modèle éducatif et la fin de l’État providence. Si certains sont tentés par l’exode, d’autres explorent de nouvelles voies d’affirmation identitaire, de revendication populaire et de débrouille économique.

À Cotonou, beaucoup ont opté pour le métier de zémidjan (moto-taxi), d’autres se proclament guides touristiques ou rabatteurs. À Abidjan, ils exorcisent leurs maux dans la pratique du nouchi (argot ivoirien) et du zouglou (genre musical qui relate les réalités sociales). Le mal-être de la jeunesse se traduit aussi, malheureusement, par la recherche de la marginalité, de l’illégalité, dans la consommation de drogues et parfois par le vol et la violence.

Un véritable défi pour les dirigeants africains. Plus que jamais, les politiques urbaines doivent définir des schémas directeurs d’aménagement et des plans de développement qui prennent en compte à la fois les besoins des citadins en matière de services essentiels (eau potable, assainissement, électricité, accès aux soins, à l’éducation, aux sports et loisirs) et leurs attentes en termes de développement économique et de création d’emploi.

Cette année, la jeunesse a emporté les régimes tunisien, égyptien et libyen, et a commencé à souffler le chaud au sud du Sahara. L’Homo urbanus Africanus aime le changement.

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