Nigeria : l’homme par qui la guerre du Biafra est arrivée

Ancien président autoproclamé du Biafra, Chukwuemeka Odumegwu Ojukwu est mort le 26 novembre.

Son histoire se confond avec celle du Nigeria. Chukwuemeka Odumegwu Ojukwu avait été gracié en 1982, mais, chez lui, il demeurait « Emeka », l’ancien chef de la rébellion du Biafra, région d’origine des Ibos. Il fut, pendant deux ans et demi (du 30 mai 1967 au 8 janvier 1970), le président autoproclamé de cette région sécessionniste – au prix de centaines de milliers de morts. Il s’est éteint à Londres le 26 novembre, à l’âge de 78 ans.

Nous sommes le 30 mai 1967. Gouverneur militaire de la région de l’Est, le lieutenant-colonel Ojukwu déclare « solennellement que le territoire et la région connus sous le nom d’‘‘Est du Nigeria’’, avec son plateau continental et ses eaux territoriales, sont désormais un État souverain indépendant du nom de ‘‘République du Biafra’’ ».

Pour le gouvernement fédéral du général putschiste Yakubu Gowon, c’est une véritable déclaration de guerre. Mais Ojukwu, lui, se rêve en héraut de la cause ibo depuis que Chukwuma Nzeogwu – un Ibo arrivé au pouvoir après avoir lui-même renversé le gouvernement civil de Tafawa Balewa, un Nordiste – a été chassé du pouvoir, en juillet 1966. Depuis, aussi, que les Ibos sont victimes de persécutions.

L’argument ethnique suffit-il à justifier la sécession ? Bien sûr que non. Des intérêts financiers sont en jeu dans cette région riche en pétrole. S’ensuit une guerre meurtrière (1 million de morts, dont de très nombreuses victimes de la famine) qui émeut l’opinion publique internationale. Le 15 janvier 1970, l’armée loyaliste parvient à reprendre le Biafra. Quelques jours plus tôt, Ojukwu avait fui en Côte d’Ivoire.

Après plus de douze ans d’exil, il revient au Nigeria. En 2003, ce fils de riche transporteur, licencié en histoire contemporaine à Oxford et diplômé de l’école militaire d’Eaton (Grande-Bretagne), se lance dans la course à la présidentielle, mais échoue. Depuis, il avait choisi de se faire discret, mais sa lutte avait inspiré les jeunes générations. Le Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (à majorité ijaw, la deuxième ethnie de la région après les Ibos) lutte ainsi pour une meilleure reconnaissance du Sud-Est.

À la mort d’Ojukwu, le président Goodluck Jonathan a salué un homme qui avait « un immense amour pour son peuple, pour la justice et l’égalité », mais pour beaucoup il reste celui par qui le premier drame humanitaire de l’histoire postcoloniale de l’Afrique est arrivé.