Areva : le groupe fait grise mine, l’Afrique trinque

Le patron d'Areva avec Brigi Rafini, le Premier ministre nigérien, à Niamey, le 23 juillet. © Boureima Hama/AFP

En difficulté, le groupe nucléaire français va réduire ses investissements, dont les deux tiers étaient consacrés au continent.

Paris, le 5 octobre. Brigi Rafini, le Premier ministre nigérien, Brigi Rafini, qui termine une visite de plusieurs jours dans la capitale, ne décolère pas. Luc Oursel, le patron du groupe nucléaire français Areva, premier investisseur du pays, vient de lui annoncer que l’ouverture de la mine d’uranium d’Imouraren (deuxième site mondial, avec 200 000 tonnes de réserves), initialement prévue en 2013, sera retardée. Elle ne sera peut-être même pas exploitée avant la fin du mandat du président Issoufou, en 2016.

Deux mois plus tard, le Niger n’est plus le seul pays africain concerné. Alors que le continent bénéficiait des deux tiers des investissements d’Areva, le plan de sauvetage présenté le 12 décembre par son PDG est sans appel : confrontée à des pertes probables de 1,5 milliard d’euros, à la baisse du cours de l’uranium et à un carnet de commandes plombé par l’accident de la centrale de Fukushima, au Japon, la firme prévoit, pour la période 2012-2016, de réduire ses investissements de 32 % par rapport à la période 2007-2011. Afrique du Sud, Centrafrique, Gabon, Namibie, Niger : les cinq pays africains où Areva est présent seront touchés.

Six mois après l’arrivée d’Oursel à la tête du groupe, les investissements africains de sa prédécesseur, Anne Lauvergeon, sont remis en cause. Notamment le rachat en 2007, pour 1,8 milliard d’euros, du canadien UraMin, propriétaire de trois sites, en Afrique du Sud, en Centrafrique et en Namibie. Le potentiel de la mine de Trekkopje, à l’ouest de Windhoek, s’est révélé décevant, avec des réserves prouvées de 26 000 t, contre 46 000 t prévues

Phosphaté

À Bangui, le problème est différent. Si la mine de Bakouma, dans l’est du pays, a un meilleur potentiel que prévu (au moins 32 000 t), « la situation du nucléaire mondial et l’évolution des prix de l’uranium » ont convaincu Areva de suspendre ses activités « pour un ou deux ans », selon un communiqué publié le 26 octobre. Le coût d’extraction du minerai centrafricain (très phosphaté et humide) serait cinq à dix fois supérieur à la normale. Areva, qui dit avoir déjà investi 106,7 millions d’euros dans le pays, devait injecter 30 millions supplémentaires d’ici à 2014.

Le groupe prévoit en outre de vendre pour 1,2 milliard d’euros d’actifs. Sa participation de 26 % dans la société Eramet (présente au Gabon à travers la Comilog) devrait ainsi être cédée rapidement, pour un montant estimé à 600 millions d’euros. Areva pourrait aussi chercher des partenaires pour ses mines filialisées et autorisées – par décret gouvernemental du 14 décembre – à ouvrir leur capital. On peut ainsi imaginer que Brigi Rafini sera amené, dans un avenir proche, à accueillir un nouveau partenaire à Imouraren.

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