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Belgique : Faouzia Hariche, mairesse femme

Faouzia Hariche, Algéro-Belge devenue numéro deux de la mairie de Bruxelles. © Gaël Turine, agence VU pour J.A.

Ancienne enseignante, l'Algéro-Belge Faouzia Hariche, 45 ans, est devenue échevine à la mairie de Bruxelles, en Belgique.

Leçon de grammaire ! Au programme : l’adjectif. Pour nous en parler, l’échevine de l’Instruction publique, de la Jeunesse et de la Petite enfance à la mairie de Bruxelles (Belgique). Née en Algérie il y a quarante-cinq ans, elle était autrefois professeure de français.

Simple

Adjectif qualificatif. « Je vais m’asseoir là, avec vous, plutôt que dans ce grand fauteuil en cuir ! » dit-elle lorsque l’on arrive dans un immense bureau de l’hôtel de ville, sur la Grand-Place, qui sert de salle de réunion. Boiseries, tableaux anciens, pièces ­d’orfèvrerie. « Trop de tapis et de ­tapisseries pour moi » : l’édile refuserait-elle le luxe et le protocole ? « Je suis allergique aux acariens ! » explique-t-elle…

Ambitieuse

Élue pour la première fois conseillère municipale avec le Parti socialiste en 1994, elle achève aujourd’hui son second mandat d’échevine de l’instruction publique et de la jeunesse (2006-2012) et se présente en 2012 pour « cueillir les fruits de politiques humaines de longue haleine ».

Satisfaite

« Je pense avoir atteint 90 % de mes objectifs dans ce second mandat. Mon cheval de bataille était de construire des écoles et de lutter contre la pénurie d’enseignants. Je suis assez satisfaite. »

Orpheline

Le père de Faouzia, Ahmed, originaire de Bordj Bou Arreridj, en Algérie, s’est installé seul à Valenciennes (France), puis à Charleroi (Belgique), pour travailler à la mine. Malade, il décède deux ans après l’arrivée de son épouse Khadija et de leurs enfants, en 1974. Analphabète, la veuve d’Ahmed consacre toute son énergie à l’éducation de Faouzia, qui a alors 9 ans, et de ses cinq frères et sœurs.

Reconnaissante

Envers sa mère. Envers le système social belge, qui a permis à sa famille de survivre et lui a octroyé une bourse d’études. Envers ses voisines de Charleroi qui ont permis son éveil culturel : des féministes altruistes qui lui firent découvrir Brel, Barbara, Ferré. « Elles m’ont convaincue que je pouvais aller à l’université. J’aurais eu une tout autre histoire si je ne les avais pas rencontrées. »

Curieuse tardive

Parfois, deux adjectifs sont nécessaires pour préciser une réalité. Le premier devient alors un substantif. « Quand j’étais petite, nous écoutions à satiété les cassettes des chanteurs populaires algériens. Je suis allée quelquefois au pays, mais je ne le connaissais qu’à travers l’histoire de mon père. » Combattant du Front de libération nationale (FLN), Ahmed avait appris à écrire en prison pendant la guerre. Faouzia a retrouvé ses lignes appliquées sur un petit cahier. Mais c’est en le voyant interviewé à la télévision dans un documentaire sur les migrants maghrébins qu’elle a décidé d’en apprendre plus sur son pays d’origine.

Algérienne

Adjectif de nationalité. Et d’identité. « Très fière d’être algérienne mais pas patriote », elle se plonge dans les auteurs du pays. Kateb Yacine. Rachid Boudjedra. Pour les 50 ans de l’indépendance de l’Algérie, en 2012, elle prépare une semaine algéro-belge à Bruxelles.

Maghrébine

Faouzia a grandi à Jumet, un quartier italien de Charleroi. C’est seulement à l’Université libre de Bruxelles qu’elle se fait des amis nord-africains. Et découvre le racisme. Agrégée de philologie romane, elle fonde l’association Jeunesse maghrébine en 1992 pour aider les enfants immigrés et défendre les droits des étrangers. Dans son bureau, une photo de Sahraouis qui lui vaut quelques commentaires de la part de Marocains… Elle a pourtant épousé l’un d’eux, Mohamed, ingénieur chimiste.

Humiliante

Telle fut sa demande de naturalisation, nécessaire pour devenir enseignante. « L’abruti de policier qui enquêtait m’a demandé si je mangeais avec les mains. »

Maniaque

« Elle est très méticuleuse, avance un collaborateur. Elle tient à ce que son bureau soit rangé, mais aussi les nôtres ! » La ligne de partage entre « méticuleux » et « maniaque » est difficile à tracer…

Bosseuse

« Faouzia est toujours débordée », constate un collègue. « Elle est très sérieuse dans son travail, explique l’humoriste et comédienne belge Sandra Zidani. Ce n’est pas qu’on la craint, mais elle sait se faire respecter ! » « Je n’ai jamais ménagé mes efforts », confirme l’intéressée.

Pédagogue

Ancienne enseignante, elle a le phrasé clair. Annonce les points d’un exposé. Définit les termes.

Hédoniste

« “Il n’y a pas de mal à se faire du bien” est l’une des phrases préférées de Faouzia », confie son amie Fadila Laanan, ministre de la Culture pour la communauté française de Belgique.

Bon public

C’est en fait un groupe nominal qui a valeur d’adjectif. Pour Sandra Zidani, « Faouzia est bon public. Elle vient souvent voir mes spectacles. » « Elle aime rire de tout, même d’elle-même », confirme Laanan.

Laudatifs

Les adjectifs laudatifs, dont use abondamment Mme Hariche, visent à valoriser l’objet qualifié : des employés du consulat d’Algérie « extraordinaires » ; des intellectuels « formidables » ; le « travail pour rétablir les relations entre Flamands et francophones » effectué par Elio Di Rupo, ancien président du Parti socialiste nommé Premier ministre le 5 décembre, a pour sa part été « colossal »…

Hyperénervée

« Je ne supporte pas quand on trouve adorable qu’un homme en retard dise qu’il amenait ses enfants à l’école ! s’emporte l’élue. Si je le faisais, on me demanderait de choisir entre enfants et carrière ! »

Sensible

« J’ai peur d’avoir trop d’émotions quand je retournerai enfin en Algérie avec mon mari et mes trois enfants en 2012, après vingt-trois ans d’absence… »

Terminé

Ah non, ça c’est un participe passé… 

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