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Une femme sur trois victime de sévices sexuels dans son enfance

Par Jeune Afrique

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Une femme swazie sur trois a subi une forme de sévices sexuels au cours de son enfance, et une femme swazie sur quatre s’est vu infliger des violences physiques, selon une nouvelle étude publiée cette semaine par les Nations Unies.

Cette étude du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) est la première de ce type menée dans un pays où les témoignages recueillis laissent penser qu’un nombre alarmant de fillettes sont victimes de maltraitances. Fait plus déconcertant encore, avec la prolifération des orphelins et des enfants vulnérables, le Swaziland est un terreau d’autant plus fertile à l’exploitation sexuelle.

Dans deux ans, 200 000 enfants swazis auront perdu leurs parents, emportés par le sida, soit plus d’un cinquième de la population actuelle, selon l’UNICEF. Avec un taux de prévalence du VIH de 33,4 pour cent chez les personnes âgées de 15 à 49 ans, le pays affiche le taux d’infection le plus élevé du monde.

En conséquence, l’espérance de vie a été écourtée de moitié, passant de près de 60 ans dans les années 1990 à un peu plus de 30 ans à peine, aujourd’hui.

« Les enfants handicapés, les enfants déscolarisés et les orphelins sont parmi les groupes les plus vulnérables », a indiqué Jama Gulaid, représentant de l’UNICEF au Swaziland. « En raison de la pauvreté et de la prévalence élevée du VIH, un grand nombre d’enfants sont marginalisés ».

L’étude (l’Etude nationale sur la violence contre les enfants et les jeunes femmes) repose sur les conclusions tirées d’entretiens menés auprès des communautés rurales et urbaines. Selon ses conclusions inquiétantes, la violence et les agressions sexuelles contre les filles ont principalement lieu au domicile familial.

« Nous avons découvert que 75 pour cent des auteurs de violences sexuelles étaient connus de leurs victimes », a expliqué M. Gulaid. « Il n’est pas surprenant de constater que les sévices sexuels infligés aux fillettes sont un problème domestique, parce que les Swazis vivent dans des foyers plurigénérationnels, généralement dans des fermes isolées. Assez peu de fillettes sont violées par des inconnus en ville parce que moins de gens vivent en milieu urbain, et parce qu’en ville, ils sont plus conscients de l’insécurité ».

Les violeurs n’utilisent pas de préservatifs

Bien souvent, les agresseurs sont les pères ou les compagnons des victimes. Seules 43,5 pour cent des fillettes ont déclaré que leurs premières expériences sexuelles avaient été consenties librement et sans contrainte ; un peu moins de cinq pour cent ont dit avoir été violées en guise de première expérience.

La crise du sida souligne le besoin urgent de lutter contre la violence envers les fillettes.

« Les violeurs n’utilisent pas de préservatifs, et lorsqu’un homme souhaite violer sa fille ou sa nièce, ou lorsqu’un garçon force sa compagne à avoir des rapports sexuels, le risque de transmission est endémique », a indiqué Victor Ndlovu, responsable conseil et dépistage volontaires à Manzini, ville commerciale du centre du pays.

« Ajoutez à cela la réticence des fillettes à déclarer les maltraitances dont elles sont victimes, ou dans de nombreux cas, à bien comprendre qu’elles ont subi une violation, et vous vous retrouvez face à un grave problème de santé publique, en plus des souffrances subies par chaque fillette ».

Un tiers des femmes swazies interrogées dans le cadre de cette étude ont dit avoir subi des maltraitances émotionnelles. Bien souvent, les agresseurs ont eux-mêmes été maltraités dans leur enfance.

« La transmission "de seconde main" établie des maltraitances est évidente d’après ce qu’on nous a dit », a révélé Pamela Dlamini, étudiante en sociologie à l’université du Swaziland, qui comptait parmi les sondeurs.

« Les maltraitances émotionnelles sont essentiellement infligées aux fillettes par les femmes de leurs familles, qui ont elles-mêmes été maltraitées. Parfois, il y a des jalousies. Au lieu de signaler un mari violent [aux autorités] ou dans l’incapacité de discipliner [la fillette], sa mère ou sa tante la traitera comme une rivale. Cela provient d’une culture où toute fillette post-pubère est considérée comme mariable dans un foyer polygame, même si celle-ci n’a que 13 ans, bien que la culture swazie n’autorise pas les incestes, endémiques dans les ménages où des maltraitances sont infligées ».

Selon les estimations du Programme des Nations Unies pour le développement, bien que le Swaziland soit officiellement un pays à revenu moyen, plus des deux tiers des Swazis vivent dans une pauvreté chronique, et environ le même nombre (plus de 600 000) dépend actuellement de l’aide alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial et d’autres organismes humanitaires.

Selon le rapport, « les violences peuvent entraver le développement émotionnel, cognitif et physique des enfants, et avoir ainsi des conséquences sur le développement économique du Swaziland, en compromettant la contribution des enfants touchés ».

La marche à suivre

Moins de la moitié des agressions sexuelles et autres maltraitances sont déclarées aux autorités. Il a en effet été découvert que les enfants swazis [interrogés] n’avaient sollicité l’aide de la police ou des assistants sociaux que dans un cas sur cinq ayant abouti à des blessures assez graves pour donner lieu à un examen médical. La solution à ce problème semble reposer sur l’éducation, la sensibilisation des fillettes sur ce qui constitue un acte de maltraitance.

« J’ai parlé à beaucoup de fillettes qui ont dit qu’elles n’avaient pas compris qu’elles étaient victimes de maltraitances. Elles se sentaient maltraitées, physiquement et psychologiquement, mais personne ne leur avait dit que ce n’était pas normal », a expliqué Mme Dlamini.

Le rapport confirme l’observation de Mme Dlamini, puisqu’il révèle que « les statistiques semblent indiquer un manque de compréhension de ce qu’est la violence sexuelle, [ainsi qu’un manque d’information sur] la manière de déclarer de tels incidents, et les interlocuteurs à qui s’adresser pour le faire ».

Il serait utile de mettre en place des programmes éducatifs dans les écoles, dans un pays où la fréquentation des écoles primaires est relativement répandue ; ces programmes permettraient de sensibiliser les fillettes sur le type de comportement qui est acceptable à la maison.

« Le nombre élevé des cas de violence sexuelle dans les foyers souligne le caractère caché de la violence sexuelle et représente l’une des plus grandes difficultés à surmonter pour prévenir la violence sexuelle au Swaziland », pouvait-on lire dans le rapport.
 

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