Incertitude autour de la suspension des activités politiques

Par Jeune Afrique

Cellou Dalein Diallo, président de l'UFDG, a été empêché de tenir un meeting © DR

24 heures après l’interdiction faite à Cellou Dalein Diallo, leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de tenir un meeting politique à Kérouané (environ 1000 km de Conakry), la classe politique est inquiète.

La suspension des activités politiques en Guinée est-elle réelle ? Ce vendredi 19 juin, la question est sur toutes les lèvres ou presque car aucune notification officielle n’a encore été faite. En tout cas, hier, Cellou Dalein Diallo, le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a bien été interdit par les autorités de Kérouané, située à environ 1000 km de Conakry, de tenir un meeting dans la ville. Motif invoqué : la suspension des activités politiques décidée par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD).

Ses militants ont été dispersés. Lui-même et sa délégation ont reçu l’ordre de quitter immédiatement la ville où ils devaient passer la nuit. Aucune localité n’ayant voulu les accueillir sur ordre de la junte dit-on, ils finiront par dormir à la belle étoile, près de Kankan, 300 km plus loin, avant de rependre la route ce matin en direction de Conakry.

 

Interdits d’antenne

Cet incident inquiète au plus haut point la classe politique. « Il est vrai qu’il n’y a encore aucune notification écrite officielle, confirme Jean-Marie Doré, le porte-parole des Forces vives et leader de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), mais ce qui s’est passé est grave surtout si la décision est ponctuelle et qu’elle ne concerne qu’un seul individu ». « Si c’est vrai, ce n’est pas la bonne direction. D’autant que nous [les leaders politiques] sommes déjà interdits d’antenne dans les médias publics » renchérit François Lounceny Fall, à la tête du Front uni pour la démocratie et le changement (Frudec). « Je devais me rendre à Coyah samedi et à Boffa dimanche, mais on m’a prévenu que les autorités locales ont interdit les rassemblements politiques» dit-il au moment où des cadres de son parti tentent d’en savoir plus auprès des autorités administratives. Mais, le problème, c’est que cette décision de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités politiques sur l’ensemble du territoire, émanerait directement de la junte. Selon des sources sûres, le ministre de l’Administration du Territoire et des Affaires politiques, le civil Frédéric Kolié, n’a pas été consulté. Pire, hier après-midi, ce sont des cadres de l’UFDG qui lui ont appris la nouvelle. Nouvelle qui n’augure rien de bon tant la transition paraissait déjà compliquée.

Interrogations

 Enfin, le fait que cette suspension soit intervenue au moment Cellou Dalein Diallo entamait la quatrième journée de sa tournée nationale suscite des interrogations. « J’avais pris le soin d’envoyer des courriers aux autorités administratives concernées», précise Diallo qui a été surpris par la mesure. Avant lui, d’autres hommes politiques étaient allés sans souci à la rencontre de leurs militants à l’intérieur du pays.

Le pouvoir aurait vu d’un mauvais œil la mobilisation exceptionnelle des Guinéens à Faranah, Mamou et Kissidougou où de nombreuses activités avaient été suspendues pour accueillir en grande pompe l’ex- premier ministre candidat à l’élection présidentielle. La junte voudrait-elle lui mettre du plomb dans l’aile ?