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Sexe, mensonges et cinéma

Écrit par Leïla Slimani, envoyée spéciale à Marrakech

Dans Fissures, Marcela Moura se montre nue lors d'une scène de sexe extrêmement crue © DR

Peu d'actrices marocaines osent tourner des scènes de nu. Ni même embrasser leur partenaire à l'écran. Un phénomène qui freine l'expression artistique du cinéma marocain.  

Dans The man who sold the world, les frères Noury ont choisi la française Audrey Marnay pour incarner le personnage féminin. Dans des scènes d’une grande sensualité, on voit l’ancienne mannequin, en culotte et soutien gorge, dans un lit avec son amant.

Pour interpréter la femme amoureuse et suicidaire de Fissures, Hicham Ayouch a engagé une brésilienne, Marcela Moura, qui n’hésite pas à se montrer nue lors d’une scène de sexe extrêmement crue. Si ces deux comédiennes sont étrangères, c’est loin d’être un hasard. Pour certains rôles, les réalisateurs marocains doivent souvent chercher très longtemps avant de trouver l’actrice qui acceptera de les suivre hors des sentiers battus. 

 

"J’embrasse pas !"
« C’est très simple, si on engage des actrices étrangères, c’est parce qu’au moins deux tiers des actrices marocaines n’ont qu’un mot à la bouche : « J’embrasse pas! » Alors jouer nue ou dans une scène de sexe, n’y songez même pas !», regrette le cinéaste Mohamed Achaour. Même son de cloche chez la productrice Lamia Chraïbi. « Quand Achaour dit les deux tiers des actrices, il est gentil !, dit-elle. Pour le film Terminus des Anges, nous avons mis plus de deux mois à trouver une actrice qui accepte de tourner nue ! »

Les comédiennes, même les plus grandes, sont catégoriques. « Si j’embrasse un homme dans un film, les gens vont me prendre pour une femme de mauvaise vie. Et puis ensuite, je risque d’être cataloguée par les réalisateurs eux-même qui ne m’offriront que ce genre de rôles! », déplore une actrice très célèbre.

Chez les débutantes, pourtant, certaines sont prêtes à tout et revendiquent le fait de n’avoir aucune limite : « Le principe même du métier de comédienne, c’est de savoir faire la différence entre soi et son personnage, non ? », dit Myriam, apparemment peu concernée par le « paradoxe du comédien. »
 

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