Haïti : l’insécurité au coeur des préoccupations

Des pilleurs tenus en respect par un policier à Port-au-Prince, où l'insécurité grandit. © AFP

Après le séisme dévastateur du 12 janvier, tous les efforts menés depuis 2006 par la présidence haïtienne en collaboration avec les Nations-unies risquent d’être annulés. Des milliers de détenus ont profité de la catastrophe pour s’évader de la prison centrale de Port-au-Prince.

« La priorité est d’assurer la sécurité », estime un cadre du PNUD en poste à Port-au-Prince, joint par mail après le séisme du 12 janvier qui a plongé Haïti dans la désolation. Depuis 2006, le président Préval et la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) en avaient fait leur priorité.
« Il y a trois ans, se rendre en Haïti était dangereux », témoigne Julien Merion, un enseignant antillais qui en sait quelque chose : en 2006, deux de ses amis s’étaient fait enlever. Les kidnappeurs réclamaient une rançon de 30.000 dollars. Les rapts, cette année-là, étaient quotidiens. La Minustah en dénombrait trente par mois en moyenne.

Milices mafieuses
« Les anciens miliciens d’Aristide s’étaient reconvertis dans les trafics mafieux », ajoute Merion. Ils avaient la main sur certains quartiers, dont Cité Soleil, situé tout près du cœur de la capitale. Entre janvier et novembre 2006, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) avait comptabilisé 726 personnes assassinées, dont 28 policiers et 4 casques bleus.
La situation, depuis, s’est améliorée. « C’est beaucoup plus sûr », témoigne un Français qui vit en Haïti. « On reste sur nos gardes, mais on se sent moins en danger qu’avant. » En 2009, on ne comptait plus que huit enlèvements par mois en moyenne, et le nombre de morts par armes à feu avait sensiblement baissé. Pour parvenir à ce résultat, les autorités avaient placé en détention des centaines de membres de gangs  – sans pour autant les juger. En Haïti, seul un prisonnier sur cinq avait eu droit à un procès.

Des milliers de détenus en cavale
Comme le rappelait en septembre dernier Hedi Annabi, le patron tunisien de la Minustah décédé dans le tremblement de terre, la situation restait « extrêmement fragile ». Avant même le séisme, le risque était donc grand que les bandes criminelles et autres groupes armés reprennent leurs activités. Le désarmement des civils mené par la Minustah depuis 2004 n’était pas achevé – pas plus que la formation des policiers haïtiens.
À Port-au-Prince, l’annonce de la destruction par le séisme de la principale prison de la capitale en inquiète donc plus d’un. D’une capacité d’accueil de 1.000 détenus, elle en comptait plus de 4.000…