Haïti entre miracles, prières et secousses

Prière devant la cathédrale détruite de Port-au-Prince, le 17 janvier © AP

Une semaine après le séisme du 12 janvier dernier, la découverte de plusieurs rescapés a apporté un peu d'espoir à la population de Port-au-Prince. Mais une nouvelle secousse a ébranlé Haïti, qui ne sait plus à quel saint se vouer.

Ce mercredi 20 janvier, les journaux télévisés du monde entier se sont ouverts avec des images des rescapés d’Haïti – des miraculés -, que les secouristes continuent d’extraire des décombres. Une jeune femme de 25 ans, qui venait de passer sept jours entiers prisonnière d’un supermarché en ruine, a été libérée mardi soir après neuf heures de fouilles harassantes… Peu après, c’est un nourrisson d’à peine trois semaines qui a été retrouvé indemne dans les décombres d’une habitation de Jacmel, une localité du sud de l’île.

"On arrive bientôt à la limite", souligne Philippe Dabadie (Hôpital Pellegrin – Bordeaux), spécialiste en médecine de catastrophe. "On va toucher des cas exceptionnels. Quelque part ça tient du miracle", ajoute-t-il.

Au total, 121 personnes ont été sauvées par les secouristes, alors que le bilan de la catastrophe s’élève à 75.000 morts et 250.000 blessés. Après l’espoir suscité par la découverte d’Haïtiens en vie, la population ne comprend pas pourquoi les secouristes sont désormais en train de renoncer. Les recherches de survivants ont déjà cessé en de nombreux points du pays, et d’autres équipes de sauveteurs, progressivement, stoppent les fouilles tant la possibilité de retrouver encore des personnes en vie s’amenuise. Le général Daniel Ally, chef adjoint de l’opération américaine sur place, a annoncé mercredi que la recherche de survivants allait "très bientôt" s’achever.

La terre tremble encore
La priorité est désormais à la reconstruction et, surtout, à la prise en charge des blessés qui affluent toujours vers les camps de réfugiés.
Mais alors que la logistique humanitaire se met progressivement en place et que l’aide internationale parvient enfin aux victimes, la terre se met de nouveau à trembler. Une forte réplique du séisme, de magnitude 6,1 a eu lieu le mercredi 20 janvier. Un événement « normal » que les spécialistes avaient prévu mais qui inquiète le personnel médical et la population.

Si l’intensité de cette secousse est bien moindre que celle observée le 12 janvier (7 sur l’échelle de Richter qui en compte 9), il n’en demeure pas moins que de nouveaux dégâts sont attendus. Tous les édifices fragilisés par le premier séisme pourraient s’effondrer et causer une nouvelle catastrophe humanitaire.

La foi comme seul rempart
Depuis le début de ces événements tragiques, une part importante de la population se réfugie dans la religion pour tenter de trouver un sens à l’incompréhensible, mais aussi pour tenir et résister dans l’attente de nouvelles des proches disparus. Les messes improvisées se multiplient sur les parvis d’églises en ruines, les cierges brûlent et les chants résonnent. Certains Haïtiens, d’ordinaire catholiques non-pratiquants et d’autres, non-croyants, se joignent aux recueillements spirituels.

Sur l’île, d’aucuns se prennent même à répandre l’idée que Dieu a voulu infliger une épreuve, une punition aux Haïtiens « maudits ».

Une théorie de la colère divine reprise abusivement par l’évangéliste américain Pat Robertson. Dans une émission de télévision mercredi 20 janvier il a déclaré : "Ils ont promis : nous te servirons si tu nous délivres de la domination française. C’est une histoire vraie. Et le diable a répondu : Ok, accord conclu. Depuis cette période, ils sont frappés par des malédictions successives". Le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs a vivement condamné ces propos.

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