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Désaccord au sommet de l’Etat

Par Jeune Afrique

Le Premier ministre kenyan, Raila Odinga, le 7 novembre 2009 à Nairobi © AFP

Le président Mwai Kibaki a annulé une décision prise par son Premier ministre Raila Odinga. Ce dernier avait suspendu deux ministres soupçonnés de détournement de fonds publics. Cet épisode pourrait déstabiliser le fragile équilibre politique trouvé après les violences de 2008.

Le président kenyan Mwai Kibaki et son Premier ministre Raila Odinga qui faisaient bonne figure depuis les violences de 2008, sont ouvertement en conflit depuis lundi 15 février au sujet de la suspension de deux ministres soupçonnés de corruption.

"Vers un affrontement frontal"

M. Kibaki a rejeté une décision qu’il juge inconstitutionnelle, prise quelques heures plus tôt dimanche 14 février par M. Odinga. Le Premier ministre voulait suspendre pendant trois mois les ministres de l’Agriculture et de l’Education William Ruto et Sam Ongeri. Ces derniers sont soupçonnés de détournements de fonds publics destinés à la production de maïs et à l’éducation primaire.

En riposte à ce refus, M.Odinga accuse M. Kibaki d’outrepasser ses droits. Se référant à l’"Accord national" de partage de pouvoir conclu début 2008 au Kenya, il affirme que "légalement et constitutionnellement, ni le président ni le Premier ministre ne disposent d’une supériorité" l’un par rapport à l’autre.

"De toute évidence, Kibaki ne veut absolument pas s’occuper des dossiers de corruption. Odinga cherche à capitaliser dessus, et il va vers un affrontement frontal avec le chef de l’Etat", analyse François Grignon, directeur du programme Afrique pour l’organisation International Crisis Group.

"Jusqu’à présent, Odinga avait essayé de garder une relation constructive avec Kibaki, comme moteur du processus de réforme. Il est visiblement arrivé à un cul-de-sac, donc il adopte une stratégie différente d’attaque directe contre le chef de l’Etat", poursuit M. Grignon.

La corruption n’est cependant pas inhabituelle dans le pays. Le Kenya a été classé 147e sur 180 Etats en la matière par l’organisation Transparency International en 2009.

Une coalition forcée

Les deux anciens candidats à l’élection présidentielle de 2007, ont été contraints de cohabiter à partir de février 2008, suite à la pression de la communauté internationale. Le but était de mettre un terme aux violences survenues après réelection contestée de Mwai Kibaki. Elles avaient provoqué environ 1 500 morts et le déplacement de 300 000 personnes.

Visiblement les deux hommes n’ont pas enterré la hache de guerre. M. Odinga cherche à marquer des points en prévision du retour au Kenya de l’ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan à qui il a fait appel pour arbitrer ce conflit. Ce dernier doit dresser le bilan de l’application des accords de partage du pouvoir dont il avait contribué au difficile accouchement il y a deux ans.

"C’est un différend qui pourrait très facilement se transformer en crise constitutionnelle", a prévenu lundi 15 février le procureur général du Kenya Amos Wako.

Ces derniers mois, les deux dirigeants se sont déjà affrontés indirectement à propos de la rédaction d’une nouvelle Constitution ou le sauvetage de la Mau Forest, principal réservoir d’eau national menacé par la surexploitation agricole.

Sombres perspectives

La préparation de l’élection présidentielle de 2012 n’est pas étrangère à ces affrontements. "On a l’impression très nette que les deux principaux responsables du pays se sont coupés des besoins de la population", accuse Jacob Ogonda, directeur de la branche kényane de Transparency International.

"Alors qu’une grande partie des jeunes est privée de toute perspective d’emploi, le marché du travail est limité par l’ampleur de la corruption, et les ressources disponibles demeurent la chasse gardée des politiciens. Vu les sombres perspectives qui sont les leurs, les jeunes pourraient prendre les armes. C’est ainsi que la guerre civile a commencé en Sierra Leone", poursuit M. Ogonda.

Le Kenya souffre d’immenses inégalités sociales, encore accrues par la crise économique depuis deux ans, même si le Fonds monétaire international prévoit une relative reprise entre 2009 et 2010 (+3,2%). (avec AFP)

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