Il est beau, mon poisson !

Lz port de pêche de Djibouti. ©

La demande locale en produits de la mer reste dérisoire. Pour doper la pêche et l'aquaculture, encore artisanales, l'objectif est d'exporter.

En citant, le 8 mai à Londres, la pêche comme secteur prioritaire à Djibouti, le chef de l’État, Ismaïl Omar Guelleh, a étonné son auditoire. « Dans un pays pastoral et sans véritable tradition maritime comme le nôtre, l’annonce peut en effet surprendre », sourit Ahmed Darar Djibril, directeur de la Pêche au ministère de l’Agriculture, qui confirme « la volonté politique de développer une filière créatrice d’emplois ». Djibouti s’est découvert des ambitions au milieu des années 1990, après que l’Agence allemande de coopération technique (GTZ) a démontré que le pays disposait le long de ses côtes d’un potentiel halieutique estimé à 45 000 t par an. La Banque africaine de développement (BAD) a alors financé la construction d’un port spécialisé et soutenu la pêche artisanale.

Vingt ans plus tard, la production, estimée à 2 000 t/an, n’a pas vraiment décollé. La faute a une demande locale certes en augmentation mais qui, en s’établissant autour de 3 kg par an et par personne, reste encore très inférieure aux 13 kg consommés en moyenne dans le reste de l’Afrique. Pour accélérer le rythme, les pouvoirs publics cherchent à étoffer la flotte actuelle, forte de 300 unités, en introduisant des bateaux plus grands en provenance de Turquie ou du Bangladesh qui, avec un rayon d’action plus important, « permettront d’aller pêcher les grands pélagiques [le thon, par exemple] au large », explique Ahmed Darar Djibril. JA2737p075-1

Algue rouge

Dans le même temps, le gouvernement soutient aussi l’aquaculture. Une première ferme d’élevage de crevettes a vu le jour en 2012 dans le nord du pays, sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Avec un certain succès, « même si nous manquons encore d’expérience et d’expertise dans ce domaine », estime le directeur de la Pêche. D’autres projets sont à l’étude, à commencer par celui de la culture de l’algue rouge, utilisée en cosmétique. Mais, « comme pour la pêche, nous devons encore sensibiliser le secteur privé », reprend Ahmed Darar Djibril. Le gouvernement distribue pour cela les crédits sous forme de partenariats public-privé et insiste sur l’approvisionnement des pays voisins. « L’exportation peut combler la faiblesse de la demande locale », confirme Ahmed Darar Djibril. À moins que la présence de contingents militaires japonais ne dope la consommation de Djibouti.

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