Choc électrique

Lignes à haute tension de l'interconnexion avec l'Éthiopie. ©

Le raccordement au réseau éthiopien constitue une première avancée. Désormais, le pays vise l'autosuffisance, en misant sur les énergies renouvelables.

Faute d’énergie fossile sur son territoire, Djibouti a longtemps éprouvé les pires difficultés à fournir l’électricité nécessaire au bien-être de sa population et au développement de son économie. L’interconnexion avec le réseau hydroélectrique éthiopien, depuis mai 2011, a considérablement amélioré la situation en couvrant près de 80 % des besoins djiboutiens, tout en favorisant une réduction de 20 % à 30 % des tarifs – jusqu’alors parmi les plus élevés au monde. Un renforcement de cette ligne à 100 MW, toujours avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD), devrait permettre pour la première fois au pays de répondre à ses besoins. Une deuxième connexion sera tirée d’ici à 2015 pour alimenter le Nord, une fois le financement confirmé par le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe (FKDEA).

Le temps presse pour Djibouti, qui accumule les projets d’infrastructures énergivores. Extensions portuaires, réalisation de lignes ferroviaires, de cimenteries et d’une usine de dessalement… Les besoins énergétiques du pays devraient passer de 80 MW à près de 340 MW d’ici à 2030, d’après le ministère de l’Énergie. Pour éviter d’être trop dépendante de son voisin éthiopien, la petite République cherche à développer ses propres capacités. Le gouvernement vient d’annoncer la création d’une deuxième centrale thermique à Djabana, près de la capitale. Cet investissement de 130 millions de dollars (100 millions d’euros), réalisé par le FKDEA et le Fonds arabe pour le développement économique et social, permettra au pays de disposer de 75 MW supplémentaires dès 2014.

Soleil et vent

Mais le grand défi de Djibouti est ailleurs. En plus de l’autosuffisance énergétique, l’État s’est imposé comme objectif supplémentaire de passer au tout renouvelable pour 2035. « Perçus comme des calamités hier, le soleil, le vent et les tremblements de terre doivent se transformer, grâce à la technologie, en ressources énergétiques illimitées », explique Ali Yacoub Mahamoud, ministre de l’Énergie. Rien que dans la géothermie, le pays disposerait de 800 MW de capacité prouvée. Les premiers forages doivent débuter en octobre dans la région du lac Assal, pour une production de 200 MW attendue mi-2015. Les 31 millions de dollars nécessaires à la phase exploratoire de ce programme sont apportés sous forme de prêts et de dons par la Banque mondiale, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et d’autres bailleurs, pendant que les discussions se poursuivent avec le chinois Sinopec pour la réalisation de la future centrale. Onze autres projets d’exploration ont été confiés à des investisseurs turcs, coréens ou américains à proximité du lac Abhé, dans l’ouest du pays.

Le programme solaire a également démarré, par l’intermédiaire d’un programme d’électrification rurale, avec le soutien de la Banque mondiale ainsi qu’un financement sud-coréen pour l’installation d’équipements d’une capacité de 62 kW dans la région frontalière avec la Somalie. Le ministère de l’Énergie a lui-même implanté une centrale pilote d’une puissance de 300 kW dans la capitale, financée à hauteur de 4,6 millions d’euros par le Japon. Malgré son potentiel, l’éolien reste en revanche encore à l’état de projets, dont le plus concret porte sur l’alimentation de la future usine de dessalement.

Usine à eau dans les tuyaux

Alors qu’une large majorité de la population n’a toujours pas accès à l’eau courante, le gouvernement, soutenu par l’Union européenne, a confirmé en 2012 la réalisation d’une usine de dessalement pour alimenter la capitale. Cet équipement, à vocation sous-régionale selon les pouvoirs publics, devrait produire 45 000 m³ d’eau par jour dès 2016, pour un investissement de 46 millions d’euros. L’usine sera alimentée par énergie renouvelable, solaire ou éolienne. Cette dernière technologie semble aujourd’hui tenir la corde, alors qu’une coentreprise doit bientôt être montée avec des investisseurs qataris pour la fourniture d’une ferme éolienne d’une capacité totale de 50 MW.