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Drogue, sexe et ballon rond

Le président sud-africain Jacob Zuma avec les footballeurs de l'équipe de Soweto, le 13 juin 2009. © AFP

Une très sérieuse étude sud-africaine publiée mercredi 24 mars souligne les risques d’explosion du trafic de drogue et de la prostitution pendant le Mondial. Dans un des pays les plus touchés par la pandémie du VIH/Sida, la catastrophe sanitaire annoncée suscite une forte inquiétude.

La Coupe du monde de football qui aura lieu du 11 juin au 11 juillet en Afrique du Sud suscite bien des fantasmes. Mais certains inquiètent plus que d’autres, comme le montre une étude commandée par le Parquet général sud-africain et publiée le mercredi 24 mars. Elle affirme que le Mondial risque d’accroître non seulement la prostitution mais aussi le trafic de drogue si aucune mesure préventive n’est prise à temps.

"Tout tend à démontrer que le problème va devenir plus aigu dans les villes hôtes pendant le mois du Mondial", souligne Virginia Tilley, chercheuse au Human Sciences Research Council et co-auteure du rapport. "La demande pour le sexe et la drogue atteint des sommets pendant ces événements de grande échelle (…)" et cela "agit comme un aimant pour les trafiquants", explique-t-elle.

40 000 prostituées supplémentaires

Les principales villes-hôtes de la compétition, notamment le Cap, Durban, Johannesburg et Port Elizabeth, sont des destinations privilégiées pour les touristes du sexe à la recherche de filles âgées de 10 à 14 ans, affirme l’étude qui souligne que l’Afrique du Sud est déjà à la fois destination et pays de transit pour le trafic d’êtres humains. Les jeunes garçons peuvent quant à eux se trouver liés aux réseaux de distribution de drogue.

Plus de 450 000 supporters sont attendus pour la grande fête du ballon rond. Selon la fondation française Scelles, qui lutte contre l’exploitation sexuelle des femmes, on estime que plus de 20 % des supporters se prêteront au tourisme sexuel, soit 100 000 nouveaux clients pour les personnes prostituées. Celles-ci sont déjà au nombre de 30 000 à 50 000 en temps normal. Mais « on peut estimer à 40 000 les prostituées qui devraient venir en Afrique du sud pour l’occasion », a expliqué le Sud-Africain David Bayever, vice-président du Central Drug Autorities. Lequel souligne aussi que « le Mondial se déroulant pendant les vacances, des enfants vont être recrutés pour se prostituer »…

Un milliard de préservatifs

Le sexe est considéré comme une véritable bombe à retardement par les organisateurs. On estime en effet que 5,7 millions de personnes sont porteuses du VIH/Sida en Afrique du Sud, 1000 décédant chaque jour des suites de la maladie. Ce qui en fait un des pays les plus touchés au monde. Et un vrai foyer de contagion potentiel.

D’où l’appel à l’aide internationale de Jacob Zuma qui, selon le quotidien britannique The Guardian, s’agite pour constituer un stock d’un milliard de préservatifs avant le Mondial. Les Britanniques ont déjà répondu positivement par l’envoi de 42 millions de préservatifs. Mais ils ne devraient pas être les seuls, car les pays participants contribueront par ce geste à endiguer le virus en Afrique du sud, mais surtout à éviter que leurs supporters ne soient contaminés. Par ailleurs, pour mieux contrôler la prostitution, les autorités envisagent de la dépénaliser le temps du Mondial. Une chose est sûre : il faudra bien assouplir un peu la législation ou, du moins, son application, pour se focaliser sur les problèmes de santé publique. A moins de s’exposer à un véritable désastre sanitaire.
 

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