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Hayatou et la bêtise humaine

par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Trois mois après la tragique attaque du bus togolais qui a coûté la vie à deux membres de la délégation dans l’enclave de Cabinda, Issa Hayatou a enfin rompu le silence dans une interview au quotidien français Le Figaro parue le 1er avril.

À sa manière, la morgue n’étant pas la moindre de ses caractéristiques, avec un aplomb à la limite de la décence et la froideur d’un tueur à gages, le président de la Confédération africaine de football (CAF) persiste et signe : « Les Togolais sont venus par la route, sans prévenir. Le règlement leur donnait l’obligation de venir par avion. Nous leur avons fourni trente billets pour cela. » Mensonge ! Car si les Togolais n’avaient pas prévenu les organisateurs, comment expliquer qu’une escorte militaire les ait accompagnés tout au long du trajet ? Quant à la précision sur les billets fournis, elle est d’une rare élégance !

Comme si cela ne suffisait pas, Hayatou enchaîne : « Nous ne pouvons pas gérer la CAF sur des bases émotionnelles. […] Trois matchs ont sauté avec le retrait du Togo. Nous avons des sponsors et des télévisions qui ont signé des contrats pour un certain nombre de rencontres. » Business is business… Et de poursuivre : « C’est le comité exécutif de la CAF qui a pris cette décision [de sanctionner le Togo, NDLR]. Et elle est juste. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des morts dans une compétition internationale… » Se souvient-il seulement que, dans un bref élan de compassion, il avait promis aux Togolais qu’il n’y aurait pas de sanctions à leur encontre ? Autre mensonge et belle leçon de cynisme, sa passe d’armes avec le chef de l’État togolais. Dans une interview à J.A., Faure Gnassingbé livrait son sentiment sur l’affaire : « M. Hayatou fait fausse route. La victime, c’est le Togo […]. Et puis il y a eu le ton, inutilement provocateur, de M. Hayatou, qui n’a même pas jugé utile d’envoyer une délégation aux obsèques des victimes. » Réponse de l’intéressé, toujours aussi élégante : « La CAF a envoyé [au président togolais, NDLR] une lettre de condoléances, et nos représentants se sont rendus auprès de la délégation togolaise pour en faire de même. Alors qu’il ne dise pas le contraire ! » Bel effort, en effet…

On aurait pu penser que, avec le recul, Hayatou aurait compris que la gestion de ce drame par la CAF avait été désastreuse. Après avoir dit tout et son contraire, fait « respecter » une minute de silence d’une durée de… dix-huit secondes lors du match d’ouverture de la CAN, déclaré « qu’il y a eu des petits incidents qui arrivent partout ailleurs », sanctionné une équipe endeuillée (une première dans l’histoire du sport), Hayatou a donc choisi de confirmer le mot d’Einstein : « Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine. » Seul éclair de lucidité au cours de cette interview : l’androïde du football africain annonce qu’il ne briguera pas la présidence de la Fifa en 2011. Heureusement que le ridicule, lui, ne tue pas…
 

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