Mort de Sotigui Kouyaté : « Un séisme pour le théâtre et le cinéma »

Le comédien burkinabé Sotigui Kouyaté, le 21 mai 2009 au Festival de Cannes. © AFP

Décédé d'une longue maladie pulmonaire, l'artiste burkinabè Sotigui Kouyaté laisse derrière lui un héritage cinématographique et humain considérable. Fervent défenseur de la culture africaine, il a œuvré toute sa vie à la promotion du continent sous toutes ses formes. Les hommages se sont multipliés tout le week-end.

Sotigui Kouyaté, acteur et comédien burkinabè installé à Paris et en Suisse, est décédé samedi 17 avril à l’hôpital Georges Pompidou, des suites d’une maladie des poumons. Il avait 74 ans mais paraissait sans âge. Le milieu artistique est en deuil, mais l’hommage rendu au griot aux milles visages va bien au-delà de la sphère culturelle. Personnalités politiques, proches, sportifs, s’ajoutent aux comédiens, acteurs et metteurs en scène qui ont croisé sa route.

Baba Hama, qui a dirigé avec réussite pendant 12 ans le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) lui a rendu un chaleureux hommage : "Chanteur, conteur, acteur de théâtre et comédien de cinéma, Sotigui Kouyaté était pétri de talent. Le vieux s’en est donc allé avant même que ne soit annoncée sa sortie de scène. Il nous lègue en particulier une riche filmographie, des kilomètres de pellicules qui garderont vivantes les empreintes d’un grand homme pour qui l’art était la vie et qui a eu une vie d’artiste bien remplie."

Le cinéaste burkinabè Gaston a rendu hommage à "un homme extraordinaire, un géant de la comédie". " Il y a un grand séisme dans le monde du cinéma et du théâtre de l’Afrique et du monde avec la perte de cet homme qui a joué dans les plus grands théâtres du monde. Je dirais tout simplement: immense talent, immense culture, une grande figure".

Un autre cinéaste du Burkina, Idrissa Ouédraogo, a évoqué "un père" et "un grand homme". "De toute façon il survivra, parce qu’il est dans beaucoup de films, c’est un exemple et les exemples restent toujours. Un homme qui quitte le Burkina, qui va en France, qui réussit et qui est admiré du monde entier, c’est un exemple de courage, de combativité et tout ça c’est du Sotigui".

Porteur du flambeau du cinéma africain

Le gouvernement burkinabè s’est dit "consterné" de ce décès et a voulu saluer la mémoire du "comédien et dramaturge de talent, (qui) a porté haut le flambeau du théâtre et du cinéma africain et mondial. "Le gouvernement rend hommage à ce grand homme et sage africain du monde de la culture et présente à sa famille, à la famille du cinéma et du théâtre africain, ses condoléances les plus attristées."

Martine Aubry, la première secrétaire du Parti socialiste, a déclaré dimanche  avoir été très émue de la mort de l’artiste. "Après les disparitions récentes de Samba Félix N’Diaye, grand réalisateur de documentaires et Mahama Johnson Traoré réalisateur et créateur du festival Fespaco, le cinéma africain est une nouvelle fois endeuillé", a-t-elle écrit dans un communiqué. "Sotigui Kouyaté voulait que l’on connaisse l’Afrique dans toute sa diversité et sa richesse culturelle. Par son talent, il a justement permis que nos regards se tournent davantage vers ce continent. Je veux donc, en particulier, saluer le rôle décisif de trait d’union qu’il a joué entre la France et les cultures d’Afrique", ajoute la maire de Lille.

Visage de sage

Né en 1936 à Bamako, Sotigui Kouyaté a d’abord été joueur de football professionnel, capitaine de l’équipe nationale de Haute-Volta (l’ancien nom du Burkina). Il s’est orienté ensuite vers l’enseignement puis la comédie et, en 1966, il a monté sur place sa propre compagnie de théâtre populaire. Récompensé par l’Ours d’argent 2009 du meilleur acteur dans "London river" du Franco-Algérien Rachid Bouchareb, Sotigui Kouyaté était l’un des grands acteurs africains contemporains et des grands promoteurs du cinéma malien et burkinabè.

Avec sa longue et noble silhouette et son visage de sage, Sotigui Kouyaté a également marqué au cinéma dans "IP5" de Jean-Jacques Beineix avec Yves Montand, "Tombés du ciel" de Philippe Lioret, "Le Maître des éléphants", de Patrick Grandperret, "La Genèse" d’Oumar Sissoko, "Little Senegal" de Rachid Bouchareb.
"Je suis guinéen d’origine, malien de naissance et burkinabè d’adoption. Je ne suis passé par aucune école de théâtre, si ce n’est la grande école de la rue, de la vie", confiait l’acteur.

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