Andry Rajoelina baisse la garde

Le président du régime en place à Madagascar Andry Rajoelina, le 29 avril 2010 à Pretoria. © AFP/Archives - Stephane de Sakutin.

Enorme concession de la part de l'homme fort d'Antananarivo : Andry Rajoelina annonce qu'il ne sera pas candidat à la présidentielle du 26 novembre prochain. Les sanctions économiques contre la Grande Île et les pressions militaires ont-elles eu raison du président de la Haute autorité de transition ?

« TGV » n’est plus inflexible. Le président de la Haute autorité de transition (HAT) de Madagascar a cédé du terrain… du moins provisoirement. Il a affirmé, mercredi 12 mai au soir, qu’il ne convoitait plus le poste suprême. « J’ai pris la décision de ne pas être candidat à l’élection présidentielle [prévue le 26 novembre prochain, NDLR] pour terminer la transition dans la neutralité », a-t-il déclaré dans une allocution à la nation en langue malgache et diffusée à la télévision nationale. Non sans préciser, sur RFI, qu’il ne pensait pas qu’une candidature de ses rivaux Didier Ratsiraka et Albert Zafy « soit une bonne solution ». Quant à Ravalomanana, il est, pour lui, définitivement « condamné par la justice (…), la loi ne lui permet pas de se présenter ».

Lors de son allocution à la nation, le président de la HAT s’est expliqué avec des accents christiques. « Je me sacrifie pour ne pas sacrifier les Malgaches », a-t-il affirmé, assurant que son « seul but est de mettre en place la quatrième République ». Face au blocage de la situation politique, Rajoelina promettait depuis la semaine dernière une « feuille de route » pour sortir de la crise. C’est chose faite : il a annoncé un calendrier pour une transition devant s’achever par une élection présidentielle le 26 novembre. D’ici là, un référendum constitutionnel est prévu le 12 août, des élections législatives le 30 septembre et, auparavant, un « dialogue national » du 27 au 29 mai.

Language de sincérité

« J’ai pris mes responsabilités, et je pense que la communauté internationale prendra les siennes pour nous aider », a-t-il souligné. Lors de son allocution télévisée, Andry Rajoelina a su adopter le langage de la sincérité. « Cette décision est prise pour terminer la crise politique qui a assez duré. (…) La seule solution est de faire des élections dans la transparence », a-t-il affirmé. « J’ai beaucoup réfléchi, je sais que beaucoup souffrent et sont découragés, mais je serai toujours à vos côtés ».

La bonne volonté affichée par Rajoelina suffira-t-elle à résoudre la grave crise politique qui ronge la Grande Île depuis fin 2008, et qui a conduit à l’éviction, en mars 2009, du président élu Marc Ravalomanana ? Rien n’est moins sûr, tant les positions des différents protagonistes ont semblé inconciliables pendant près d’un an et demi : après des accords signés en 2009 à Maputo (en août) et Addis Abeba (en novembre) mais restés lettre-morte, une nouvelle tentative de médiation internationale s’est soldée par un échec début mai 2010 à Pretoria.

Deux facteurs expliquent cependant que Rajoelina ait baissé la garde. D’abord, les sanctions internationales, à la fois des Etats-Unis – qui a exclu Madagascar en décembre 2009 du régime douanier dérogatoire de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa), affectant durement la filière textile – et de l’Union africaine (UA), qui a gelé en mars les avoirs de nombreux proches de Rajoelina. Enfin, deuxième facteur, sans doute le plus déterminant pour l’homme fort de Madagascar : le poids des militaires.

« Sortir les Malgaches du malheur »

Depuis décembre, Andry Rajoelina, le régime d’Antananarivo assouplissait légèrement sa position et faisait part de sa volonté d’organiser – mais « unilatéralement » – des élections législatives le plus rapidement possible. La semaine dernière, Rajoelina n’a pas réussi à obtenir un ralliement franc de l’armée, avec qui il voulait constituer un gouvernement militaro-civil. La mise en place d’une nouvelle équipe gouvernementale, pourtant officiellement  annoncée, n’a toujours pas eu lieu et Rajoelina n’a pas évoqué le sujet lors de son allocution.

« C’est pour sortir les Malgaches du malheur que j’ai été négocié. J’ai toujours participé à ces négociations avec les autres [anciens présidents et chefs des trois mouvances de l’opposition, NDLR], à Madagascar ou à l’extérieur. Malheureusement, les objectifs n’ont pas été atteints », a-t-il déploré. « La crise ne date pas d’aujourd’hui, mais de 50 ans, 50 ans d’hypocrisie, de méchanceté, de mensonges. Ceux qui ont dirigé le pays l’ont entraîné vers sa perdition », a-t-il déclaré. Avant de conclure: « Je demande aux anciens (dirigeants du pays) de laisser libre le peuple malgache de s’exprimer et que chacun mette en avant son patriotisme ».