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Ouverture du Sommet de Kampala : le débat sur les États-Unis d’Afrique ressurgit

Écrit par Par Élise Colette, envoyée spéciale à Kampala

Mouammar Kaddafi et Jacob Zuma pourraient s'affronter sur l'idée d'États-Unis d'Afrique. © Reuters/AFP/Montage JA

Le débat sur les "États-Unis d'Afrique", cheval de bataille de la Libye mais idée combattue par l'Afrique du Sud à ce stade, a refait surface à la veille du Sommet des chefs d'État de l'Union africaine, qui s'est ouvert ce dimanche à 11h30 à Kampala.

La 15è Assemblée de l’Union africaine (UA) s’ouvre ce dimanche 25 juillet, à Kampala (Ouganda).

La veille, les dirigeants du continent avaient déjà commencé à s’installer au sein du très chic complexe hôtelier Munyonyo, où se tiennent les réunions. Le 24 juillet, les habituels précurseurs ont assisté à la réunion du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) : de l’Algérien Abdelaziz Bouteflika au Sénégalais Abdoulaye Wade, en passant par l’Éthiopien Melès Zenawi, le Congolais Denis Sassou Nguesso ou encore le Sud-Africain Jacob Zuma – piliers de l’organisation et fidèles présents.

D’autres, dont la participation est plus rare ou toujours incertaine, ont également fait le déplacement, comme l’Angolais Eduardo Dos Santos et le Libyen Mouammar Kadhafi.

La venue de ce dernier, qui clôturait hier un sommet de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-sad) à N’Djamena, était hypothétique.

Mais, d’une certaine manière, elle avait été annoncée par les débats qui avaient secoué, la veille, le Conseil exécutif des ministres des Affaires étrangères, autour de l’épineuse question, systématiquement brandie par la Libye, de « l’Autorité de l’Union » et des États-Unis d’Afrique.

Lignes de fractures

« Go to hell ! » (« Va en enfer ! »). Dès le Conseil exécutif, le ton a été donné par les patrons des diplomaties africaines. C’est dans la soirée du 23 juillet que les discussions ont commencé à s’animer. Le représentant libyen, qui tentait d’inscrire à l’ordre du jour la question de l’Autorité de l’Union, a fini par se lever et s’en prendre directement à la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, dans les termes peu amènes cités ci-dessus. C’est que la présidente de séance, la Malawite Etta Elizabeth Banda, avait violemment repoussé les tentatives libyennes de remettre la question sur le tapis, estimant prématurée l’évolution de l’organisation panafricaine vers davantage d’intégration et l’instauration d’un gouvernement supranational.

Déjà, en janvier dernier, à Addis-Abeba, lors du dernier sommet de l’UA, les pays d’Afrique australe s’étaient opposés frontalement à la Libye et ses alliés et avaient réussi à repousser une décision sur les États-Unis d’Afrique à une date ultérieure.

La ligne de fracture entre la Jamahiriya libyenne (dont l’influence s’étend jusqu’au Sahel et en Afrique de l’Ouest) et l’Afrique du Sud (à la tête de l’Afrique australe) n’est pas nouvelle. Et relève autant de différences culturelles marquées que de la revendication par l’une et l’autre du leadership de l’organisation panafricaine.

Cette nouvelle édition de la grand-messe promet encore de belles heures de joutes verbales entre les deux camps.
 
Un ordre du jour chargé

Le 15è sommet de l’UA a pour thème la santé maternelle et infantile. Mais les sujets qui occuperont les débats, à l’intérieur des réunions à huis clos, comme dans les couloirs et les allées fleuries du complexe Munyonyo, sont donc tout autres.
 
On devrait ainsi parler de :

– L’avenir des institutions panafricaines et des États-Unis d’Afrique
– La défense du Soudanais Omar el-Béchir, accusé de génocide par le procureur de Cour pénale internationale (CPI) qui a émis un nouveau mandat d’arrêt contre lui
– La réforme des Nations unies, et la position – relativement stable – de l’UA pour maintenir le consensus d’Ezulwini (deux sièges permanents pour le continent, avec droit de veto)
– La crise malgache, qui semble s’enliser sans que l’UA – encore aux prises de l’influence de l’Afrique du Sud sur ce sujet – y trouve une solution de consensus
– La lutte contre le terrorisme, en Somalie, d’une part (suite aux attentats qui ont meurtri la capitale-hôte du sommet), et au Sahel, d’autre part (après l’assaut des troupes mauritaniennes contre des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique).

 

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