Politique

Massacres du 28 septembre : indemnisations partielles… et ciblées

Jean-Marie Doré, ici à Camp Boiro, le 26 juin, aurait été indemnisé en premier. © AFP

Le Premier ministre Jean-Marie Doré, le leader de l'UFDG Cellou Dalein Diallo et le candidat malheureux à l’élection présidentielle Sidya Touré ont été dédommagés suite aux événements du 28 septembre 2009, assure notamment un haut gradé très proche du pouvoir. Les centaines d’autres victimes, elles, devront faire preuve de patience.

À tout seigneur, tout honneur, serait-on tenté de dire devant une situation moins tragique. Parmi les centaines de victimes des massacres du 28 septembre 2009 à Conakry, trois leaders politiques ont obtenu réparation. Il s’agit de Jean-Marie Doré, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré qui ont été blessés lors de cette charge sanglante des forces de sécurité ayant fait 156 morts selon l’ONU et 57 d’après la junte au pouvoir.

Des pactoles et des projets pour les uns

Jean-Marie Doré (JMD), à la tête du gouvernement de transition, a été indemnisé en premier lieu. Ce qu’il a reconnu lors d’une conférence de presse en avril, sans préciser le montant de son dédommagement. À combien a été estimé le préjudice subi par l’actuel Premier ministre ? La spéculation va bon train. Un haut gradé très proche du pouvoir estime que JMD a touché « cinq milliards de francs guinéens », soit environ 500 millions de F CFA. Mais un responsable politique donne pour sa part une fourchette comprise entre « 1,5 et 2 milliards de francs guinéens »…

A suivi le dédommagement des deux autres hommes politiques, qui assurent n’avoir « rien demandé ». Cellou Dalein Diallo, leader de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG), et Sidya Touré, à la tête de l’Union des forces républicaines (UFR), ont semble-t-il reçu une compensation juste avant le premier tour de la présidentielle, le 27 juin. Touré est catégorique : il refuse de dévoiler le montant reçu. Le candidat malheureux à la magistrature suprême précise toutefois que « la moitié de la somme » a été allouée au remboursement de « véhicules d’occasion cassés chez lui [pendant les violences, NDLR] et à des travaux pour rendre habitable [son] domicile », endommagé. L’autre moitié a été « donnée à une association de femmes pour qu’elle vienne en aide » aux Guinéennes victimes.

Chez Cellou Dalein Diallo – challenger d’Alpha Condé pour le second tour, prévu le 7 novembre – on joue cartes sur table. On lui a remis « deux milliards de francs guinéens, ce qui fait environ 200 millions de F CFA », affirme Oury Bah, vice-président de l’UFDG. L’ex-Premier ministre (2004-2006) utilisera les fonds pour la construction d’une future « Fondation du 28 septembre ».

Cette structure sera gérée par Hawa Dramé, reconnue dans le paysage humanitaire guinéen. Elle « accompagnera les victimes sur le plan humanitaire et psychologique », poursuit Oury Bah. « Elle appuiera aussi certains Guinéens, comme les amputés, dans la création d’une activité génératrice de revenus et soutiendra les organisations des droits humains œuvrant pour la démocratie. »

Appels aux dons pour les autres

Des rescapés, il y en a des centaines, parmi lesquels de nombreuses femmes violées et mutilées – qui pour certaines se sont exilées en France. Et depuis que l’indemnisation de Doré, Dalein et Touré s’est ébruitée, des victimes pestent contre un dédommagement à deux vitesses.

« Jusqu’à aujourd’hui, aucune des 3 500 victimes que nous avons recensées n’a été indemnisée et nous nous battons avec le gouvernement, se désole Ibrahima Barry, président du Collectif des associations des victimes des événements du 28 septembre (Cave). Environ 300 ont reçu une assistance en nature (riz, huile…) de l’église apostolique guinéenne, de Terre des hommes [une association française, NDLR] et de notre collectif. Sans compter les militants aidés par leur parti. Mais ce dont les victimes ont vraiment besoin, c’est de retrouver leur dignité. »

Un observateur guinéen prédit que « les victimes finiront par être indemnisées, mais sur la base d’un montant dérisoire ». Si l’argent arrive un jour. En mai, à Paris, Mohamed Bedjaoui – membre la commission d’enquête internationale de l’ONU sur la Guinée et auteur d’un rapport sur les massacres – expliquait que le pays seul n’avait pas les moyens d’offrir réparation et que la communauté internationale devait se mobiliser. Il a donc demandé à l’ONU de lancer un appel aux dons.

Mais six mois plus tard, le diplomate algérien constate que rien n’a changé. « À ma connaissance, il n’y a toujours pas eu d’appel aux dons. Le Secrétaire général [de l’ONU] semble avoir dormi sur ce dossier. Je n’ose pas relancer […] mais le Quai d’Orsay [ministère français des Affaires Etrangères, NDLR] a reparlé de la commission, m’a cité nommément, et je pense qu’il peut titiller l’ONU… » Reste que pour indemniser, il faut établir des responsabilités. Or l’enquête nationale sur les violences est au point mort.

Après le premier tour de la présidentielle, « les juges avaient demandé au gouvernement une protection rapprochée car ils allaient commencer à auditionner les militaires, indique une source proche du dossier. On leur a répondu qu’il n’y avait pas de moyens de leur donner des gardes du corps et qu’ils n’avaient qu’à suspendre leur enquête jusqu’à la fin de l’élection… »

Le ralentissement des investigations ne devrait pas échapper à la délégation de la Cour pénale internationale (CPI), dont le prochain voyage en Guinée serait prévu le 9 novembre. Au lendemain du second tour de la présidentielle.

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