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Robert Nouzaret : « Avant les matchs, on m’envoie des listes de joueurs… »

Le sélectionneur français déclare qu'il a passé "l'âge de se faire emmerder". © D.R.

Connu pour son franc-parler, le sélectionneur des Léopards raconte à jeuneafrique.com les conditions dans lesquelles il entraîne la RDC. L’état d’esprit des joueurs, ses relations pas toujours faciles avec la fédération et avec son adjoint Santos Montubile, les rivalités entre expatriés et locaux, les objectifs à court terme... Robert Nouzaret n’élude aucun sujet. Interview.

Jeuneafrique.com : Vous avez dirigé la Guinée et la Côte d’Ivoire. Entraîner la RD Congo, est-ce fondamentalement différent ?

Robert Nouzaret : Je n’ai jamais autant subi d’influences extérieures qu’en RDC. Jamais, en Côte d’Ivoire ou en Guinée, on avait tenté de m’imposer tel ou tel joueur. Avant les matchs internationaux, je reçois par mail des listes concertées… Mais avec moi, ils sont tombés sur le mauvais cheval.

On sait que vos relations avec Constant Omari, l’omniscient président de la Fecofa (Fédération congolaise de football) ne sont pas toujours simples…

Ce n’est pas faux. Constant Omari a parfois tendance à contester mes listes. Alors, je l’appelle et je lui explique. Mais c’est un homme influent, qui n’a pas forcément l’habitude qu’on lui tienne tête. Et moi, quand j’ai quelque chose à dire, je n’hésite pas. J’ai passé l’âge de me faire emmerder… Avant le match au Cameroun, j’avais reçu une lettre pour me prévenir d’un éventuel licenciement, car j’avais convoqué Milambo, qui joue à Beauvais (National, l’équivalent de la division 3). Or, dans le règlement interne, on n’a pas le droit de prendre des joueurs qui jouent à ce niveau. Pourtant, je prends bien des locaux, et le championnat de D1 congolaise est très loin d’être  au même niveau que la D1 française, allemande ou anglaise… Après le match perdu face au Sénégal, j’ai même reçu une interdiction de sortir du territoire pour que je participe au comité exécutif de la fédération. Je n’avais jamais connu ça ailleurs !

Et avec les joueurs ? Vous évoquez souvent leur excellent état d’esprit…

Et je le confirme. Ils sont heureux d’être là. Ils respectent les horaires, et sur le terrain, je vois des choses intéressantes. Le seul avec qui j’ai des problèmes, c’est Mbokani. En Égypte (3-6), il n’est pas venu. Contre le Mali (1-3), il n’est pas venu, alors qu’il avait dit à Monaco, son club, qu’il passerait trois jours avec sa sélection. Vous voyez le genre…

Votre relation avec Santos Montubile, votre adjoint qui est également sélectionneur de l’équipe des locaux n’est pas idyllique non plus…

Non. Je n’ai plus vraiment envie de bosser avec lui. Il tente de me mettre des bâtons dans les roues.

En RDC, le débat sur la valeur des locaux et des expatriés est récurrent. Quel est votre avis sur cette question sensible ?

En RDC, ils ont tendance à croire que les locaux sont plus forts, parce que Mazembé a remporté deux fois de suite la Ligue des champions (2009 et 2010) et que l’équipe A’ a gagné le Championnat d’Afrique des nations (Chan) en 2009. Il y a eu une mauvaise campagne médiatique sur ce thème. On sait que certaines personnes s’arrangent avec des journalistes pour que ceux-ci valorisent les locaux, dans l’espoir de favoriser leur transfert à l’étranger. Il y a de très bons joueurs en RDC, mais il faut apprécier leurs qualités et leurs manques. Ils n’ont pas reçu une vraie formation, et cela se voit tactiquement et physiquement. Pour certains, on ne connaît pas véritablement leur âge ! La RDC a besoin d’eux, mais aussi de ses expatriés. Les victoires en Ligue des champions et à la Chan ont fait tourner quelques têtes…

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