Empêchée d’enquêter sur un « charnier », l’ONU confirme la présence de miliciens libériens

Membres des forces fidèles à Laurent Gbagbo. © AFP

Petit à petit, la vérité se fait jour sur la sanglante répression dont sont victimes les militants du président élu Alassane Ouattara. L’Onuci confirme la présence de miliciens libériens en Côte d'Ivoire, et affirme avoir été bloquée par les forces de Gbagbo dans ses investigations sur un charnier présumé. Parallèlement, le camp Gbagbo recrute de jeunes combattants.

Il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement du président sortant Laurent Gbagbo de minimiser la violente répression qui s’est abattue sur la Côte d’Ivoire. Et de fuir ses éventuelles mais de moins en moins incertaines responsabilités dans les exactions commises contre la population ivoirienne favorable au président élu Alassane Ouattara.

Tout d’abord, la présence de miliciens libériens en Côte d’ivoire, et en particulier à Abidjan, a été confirmée par les forces impartiales de l’ONU. « Oui, nos patrouilles ont rencontré un groupe de personnes parlant anglais et disant être libériens », a répondu le porte-parole de l`Onuci, Hamadoun Touré, interrogé sur les preuves dont il disposait concernant la présence desdits combattants.

Kadet Bertin recrute

 « Ils étaient seuls, la nuit, à Abidjan, et lourdement armés », a précisé Touré. Une information qui confirme les témoignages de nombreux Abidjanais et les soupçons de la communauté internationale, en particulier de la présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf. Elle avait déclaré avoir « des informations selon lesquelles certains Libériens se joignent à la "guerre" en Côte d`Ivoire, comme mercenaires ».

La confirmation de la présence de combattants libériens armés à Abidjan intervient alors que des informations fiables font état du recrutement à Abidjan et dans tout l’ouest de la Côte d’Ivoire de jeunes miliciens par le camp Gbagbo. Cette opération se fait sous la houlette de Kadet Bertin, le conseiller pour la sécurité du président sortant. Soutien historique, originaire du même village de Mama, dans l’Ouest, celui-ci dirige les écoutes, suit les actions des services secrets et de la sécurité intérieure et pilote les achats d’armes. Il était en Angola le 5 décembre.

Par ailleurs, l’Onuci affirme également avoir été empêchée par des forces fidèles à Gbagbo d’enquêter sur un charnier présumé. « Le monde entier parle depuis quelques jours de la découverte de charniers en Côte d’Ivoire », en particulier dans le quartier de N’Dotré à Abidjan, comprenant de « 60 à 80 corps qui auraient été déposés » dans une morgue de la ville, a déclaré Simon Munzu, chef du département des droits de l’homme de l’Onuci.

Des enfants contre l’Onuci

« Évidement, de telles allégations sont graves et méritent d’être examinées. Nous avons tenté d’aller sur les lieux, pour vérifier ces informations, les confirmer ou les infirmer », a-t-il expliqué à des journalistes. « Nous avons été surpris de constater que quand nous sommes allés sur place, la mission de l’Onuci, conduite par Choi Young-Jin, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, moi-même à ses côtés, avons été stoppés à un barrage et nous n’avons pas pu continuer sur les lieux supposés du charnier », a dit M. Munzu, qui affirme que les hommes en armes étaient des soldats des FDS, mais aussi des miliciens masqués. En outre, de nombreux civils, dont des enfants, se trouvaient à proximité pour empêcher l’Onuci de passer.

Le camp d’Alassane Ouattara, autre président ivoirien proclamé, avait affirmé la semaine dernière qu’un charnier de 60 à 80 corps avait été découvert à N’Dotré, 30 sur un autre site. Une information démentie par le ministre de l’Intérieur du gouvernement Gbagbo, Émile Guiriéoulou, qui avait dit : « C`est facile de dire qu`on fait des enlèvements […] de parler d’escadrons de la mort sans en apporter la preuve. » Le problème, bien sûr, c’est qu’il n’aide visiblement pas beaucoup à la manifestation de la vérité. Une attitude qui renforce les suspicions pesant sur la responsabilité directe du camp Gbagbo dans d’éventuels crimes contre l’humanité

En outre, l’Onuci a pu vérifier que des habitants de quartiers populaires d’Abidjan ont été victimes pendant une semaine de « harcèlement, intimidations, exécutions sommaires, arrestations », a dit Munzu. Ses informations ont été transmises à Genève où la Haute commissaire adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, Kyung-Wha Kang, a fait état de « 173 meurtres, 90 cas de tortures et mauvais traitements, 471 arrestations, 24 cas de disparitions forcées ou involontaires », entre les 16 et 21 décembre. (Avec AFP)

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