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Facebook, fer de lance d’une jeunesse en colère

Avec #optunisia, Les Anonymous veulent lutter contre la censure d'Internet en Tunisie. © Creative Commons-Anonymous

Excédée par le suicide de deux jeunes diplômés au chômage à Sidi Bouzid, la jeunesse se déploie sur les réseaux sociaux pour faire entendre son mécontentement. Au grand dam des autorités tunisiennes.  

Après les troubles sociaux qui ont traumatisé la région de Sidi Bouzid fin décembre, la jeunesse tunisienne cherche des moyens d’expression pour prolonger la contestation. Désormais, ce ne sont plus seulement des revendications pour leurs conditions de vie que certains jeunes veulent faire entendre, mais une sérieuse critique de la politique menée par le gouvernement. Et le recours à internet pour contourner le contrôle de l’information joue un rôle de premier plan dans cette mobilisation d’un nouveau genre.

Facebook occupe la première place des moyens d’expression utilisés par les jeunes Tunisiens. Début janvier, l’effervescence a gagné certains lycées à la reprise des cours. Des rassemblements y ont été organisés en solidarité avec les manifestants de Sidi Bouzid.

Lundi 3 janvier, plusieurs établissements à travers le pays se sont mobilisés, notamment à Thala où une marche pacifique de quelque 250 personnes a été réprimée par les forces de l’ordre. Une action qui n’aurait pas été possible sans Facebook, où un appel à manifester avait été lancé. D’autres appels similaires ont été mis en ligne par la diaspora à l’étranger. Le jeudi 6 janvier a notamment été décrété « journée de solidarité internationale » en Belgique et en France.

Pour les autorités, c’est une atteinte inacceptable à la stabilité et à la sécurité de la Tunisie. « Une minorité d’extrémistes et d’agitateurs à la solde d’autrui et contre les intérêts de leur pays a eu recours à la violence et aux troubles dans la rue comme moyen d’expression », a déclaré Ben Ali dans un discours le 28 décembre dernier. Pour le président, ces actes « anticiviques » et non représentatifs ternissent l’image du pays « et entravent l’afflux des investisseurs et des touristes, ce qui se répercute sur les créations d’emplois, alors que nous en avons besoin pour réduire le chômage ». Tout en reconnaissant la réalité du phénomène, il dit aussi « comprendre le sentiment de tout chômeur, en particulier lorsque sa quête d’emploi se prolonge, que ses conditions sociales sont difficiles et que sa structure psychologique est fragile, ce qui peut le conduire à recourir à des solutions désespérées pour attirer l’attention sur sa situation ».

Forum des libertés

C’est aussi grâce à Facebook que le drame de Sidi Bouzid a connu autant d’écho en Tunisie. Alors que les plateformes d’échange de vidéos YouTube et Dailymotion sont inaccessibles dans le pays, Facebook sert de défouloir à une partie de la population. On peut trouver ici et , ou encore, des articles, des informations – parfois à prendre avec des pincettes -, et quelques rumeurs, mais aussi des vidéos et des albums photos des manifestations de Sidi Bouzid.

À l’instar des journaux d’opposition tel Takriz – qui utilise sa page Facebook pour relayer des articles difficilement accessibles en Tunisie -, les milliers d’utilisateurs du réseau social ont bien compris les avantages qu’ils pouvaient tirer de ce qui représente pour eux un véritable forum d’échange et de liberté.

Une liberté… qui ne plaît visiblement pas à tout le monde. Plusieurs blogeurs (dont Lina Mhenni qui anime le blog « A Tunisian Girl ») et utilisateurs anonymes ont déploré depuis le 30 décembre des intrusions sur leur compte, ou l’impossibilité de publier de nouvelles photos ou vidéos sur leur « mur » – la page publique d’accueil de leur profil Facebook.

Aussitôt, les  utilisateurs ont échangé des liens internet vers des outils permettant de neutraliser ces problèmes techniques qui étaient incidemment apparus… Sur la page « Sidi Bouzid », qui rassemble un peu plus de 1 000 personnes, on trouve, entre des appels à soutenir les avocats mobilisés pour les manifestants et des « révélations » sur le pouvoir en place, le mode d’emploi pour « surpasser la censure ».

Anonymous contre Ben Ali

Mais c’est surtout depuis l’étranger que se fourbissent les armes de la contestation. Sur les plateformes de blogs tunisiens hébergés à l’étranger, pas un seul post qui n’ait trait aux événements de Sidi Bouzid. Mais aussi à la frustration née du verrouillage de l’information. Un petit nom a même été inventé pour désigner les problèmes d’accès à certains contenus web : « Ammar 404 » (en référence à la célèbre « erreur 404 » qui s’affiche sur les écrans d’ordinateur lorsqu’une page internet est inaccessible).

Pour combattre « Ammar 404 », les activistes des Anonymous, qui soutiennent notamment WikiLeaks, ont lancé l’initiative « Opération Tunisia », très relayée sur Twitter. Objectif : attaquer virtuellement les portails officiels du gouvernement, et même le site officiel du président Ben Ali. Avant de se lancer dans la bataille virtuelle, le collectif a adressé ce message de mise en garde aux autorités : « Le gouvernement tunisien veut contrôler le présent avec des mensonges et de la désinformation, pour contrôler le futur en dissimulant la vérité à ses citoyens. Nous ne resterons pas silencieux tandis que ceci a lieu. Anonymous a entendu la demande de liberté des Tunisiens. […] »

En attendant une – prochaine ? – amélioration de la situation socio-économique du pays, les pirates s’en sont donné à cœur joie. Le 3 janvier, ils ont fait tomber notamment les sites internet des valeurs boursières tunisiennes, ainsi que celui de la banque Zitouna. À l’heure actuelle, certains sites officiels sont toujours « indisponibles », quand d’autres affichent la bannière d’Anonymous en fond d’écran…

 

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