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Mokhtar Belmokhtar, suspect numéro un du rapt des jeunes français

Mokhtar Belmokhtar n'hésite pas à prendre part dans tous les trafics mafieux. © D.R.

Le terroriste algérien Mokhtar Belmokhtar, l'un des principaux émirs d'Aqmi, n'a pas revendiqué l'enlèvement de deux jeunes Français morts dans l'opération destinée à les délivrer. Mais selon des sources malienne et nigérienne, c'est bien lui le commanditaire du rapt. Itinéraire d'un cadre historique du djihad international.

Sans revendication, il est difficile de déterminer avec certitude qui est responsable du rapt, vendredi dernier à Niamey, de deux jeunes Français retrouvés morts par la suite, après une opération franco-nigérienne visant à les libérer. Sans doute le responsable – vraisemblablement membre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) – attend-il le meilleur moment pour communiquer… Mais son nom semble déjà connu par les services de renseignement de la région.

« C’est Mokhtar Belmokhtar qui a commandité les enlèvements des otages. C’est lui. Ses gens nous ont dit que c’est bien lui. Il n’y a aucun doute sur ça », a affirmé un médiateur malien actuellement basé dans le nord du Mali, qui avait auparavant négocié avec le même djihadiste des libérations d’otages européens. « Oui, c’est Belmokhtar l’auteur de l’enlèvement des otages. Parmi les ravisseurs, il y avait directement ses hommes », a confirmé une source nigérienne.

Paris désavoué par Niamey

Pour avoir la confirmation de la responsabilité de Belmokhtar, il faudra attendre le résultat de l’enquête. Mais celle-ci a démarré dans la confusion. Selon Alain Juppé, le ministre français de la Défense, deux ravisseurs arrêtés pendant l’intervention militaire seraient interrogés par les autorités nigériennes à Niamey. Une information cependant démentie par Ousmane Cissé, le ministre nigérien de l’Intérieur, sur RFI ce mercredi.

« Il n’existe pas de terroristes actuellement auditionnés par nos services, je suis très affirmatif, a-t-il déclaré. […] Je n’ai nullement l’intention d’entretenir une quelconque polémique. […] Nous n’avons pas encore reçu des autorités françaises des terroristes vivants. […] Si les autorités françaises ont l’intention de nous remettre d’éventuels terroristes vivants, nos services compétents, antiterroristes, sont prêts à les recevoir. »

Les terroristes arrêtés sont-ils interrogés et détenus dans des conditions extra-judiciaire ? Si c’est le cas, Mokhtar Belmokhtar se fera une joie d’exploiter cette situation – et cet apparent problème de communication entre Paris et Niamey. Surnommé « l’insaisissable » par un ancien chef des services français de renseignement, l’islamiste algérien règne en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien. Et même du fond de la brousse, il s’intéresse de près à internet et surveille l’actualité pour pouvoir mieux communiquer.

Fasciné par les moudjahidines afghans

Né en juin 1972 à Ghardaia, à 600 km au sud d’Alger, Belmokhtar a mis à profit sa connaissance du désert et de solides alliances tribales et familiales avec des groupes locaux pour sillonner à sa guise la « zone grise », très difficile à contrôler, aux confins du sud Algérien, du Tchad, du Mali du Niger et de Mauritanie. Dans une de ses rares interviews, diffusée en novembre 2007 par un forum djihadiste, il affirme avoir très jeune été captivé par les exploits des moudjahidines afghans, en lutte contre l’armée soviétique. Il les rejoint en 1991, à peine âgé de 19 ans, et s’entraîne dans les camps afghans de ce qui allait plus tard devenir Al-Qaïda, rencontrant des hommes qui deviendraient des responsables de la nébuleuse islamiste.

Il affirme avoir combattu les soldats russes et perdu un œil au combat à cause d’un éclat d’obus, ce que personne ne peut vraiment vérifier. On le surnomme alors « Laouar » (le borgne). Il rentre en Algérie en 1993, un an après l’annulation par le régime des élections remportées par le Front islamique du salut (FIS). Son expérience afghane lui permet de devenir très vite l’un des chefs militaires du Groupe islamiste armé (GIA), dans sa région natale.

En 1998, il rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), né d’une scission du GIA, le plus sanguinaire des groupes armés algériens. « C’est un historique du djihad algérien », explique Louis Caprioli, ancien sous-directeur à la DST, chargé de 1998 à 2004 de la lutte antiterroriste.

« Il connaissait très bien le Sud. À partir de la fin des années 1990, le Sahel a pris une importance primordiale, car c’est devenu la seule source de fourniture d’armes et de matériel pour les maquis afghans, parce que les routes à partir de l’Europe ont été coupées », explique Caprioli.

Activités mafieuses

Pour financer ces achats d’armes et d’équipements, Belmokhtar se lance à grande échelle dans la contrebande de cigarettes, de voitures volées, le racket des filières d’émigration clandestine ou de trafics de drogue. Il lie, selon plusieurs sources dans la région, de solides alliances familiales en épousant plusieurs femmes issues de plusieurs tribus touaregs du Niger ou du Nord Mali, grâce auxquelles il est constamment prévenu des mouvements des forces de l’ordre, dans des régions où rien n’échappe aux hommes du désert.

Ses troupes ne sont pas nombreuses, pas plus de 150 à 200 hommes divisés en petits groupes très mobiles. Équipés de 4×4 puissants, ils sont ravitaillés par les tribus locales ou par des réservoirs secrets enterrés dans le désert. À la suite de dissensions internes au sein du GSPC, et de sa transformation en Al-Qaïda au Magreb islamique (Aqmi), il est remplacé à la tête de la « 9e région » (le grand sud algérien) par Abdelhamid Abou Zeïd, Hamadou Abid de son vrai nom, nommé par l’émir de l’Aqmi Abdelmalek Droukdal.

« Il s’est replié sur le Nord Mali et se déplace en permanence entre les frontières pour éviter d’être repéré », explique Louis Caprioli. Il y a bénéficié pendant des années d’un droit d’asile officieux, à la suite de son intervention dans le dénouement heureux de l’enlèvement de touristes allemands et autrichiens. « On lui avait promis de le laisser tranquille à condition qu’il ne se livre pas à des actions hostiles sur notre sol », avait admis au Figaro, en mars 2007, le colonel El Hadj Gamou, chef de la 1e région militaire malienne. (Avec AFP)

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