Maroc : un mouvement islamiste tente de surfer sur la vague de contestation arabe

À 83 ans, le Cheikh Abdessalam Yassine n'hésite pas à utiliser internet pour communiquer. © D.R.

Dans un texte publié sur son site internet, la confrérie islamiste marocaine Al Adl wal Ihsane (Justice et Bienfaisance) appelle à un "changement démocratique urgent". Objectif : ne pas avoir l’air de se laisser dépasser par un mouvement de protestation populaire. Au cas où celui-ci se développerait dans le royaume…

Comparer les situations politiques des pays maghrébins est décidément un exercice compliqué. Alors que les islamistes sont à la remorque des mouvements révolutionnaires tunisien et égyptien, le mouvement marocain Al Adl wal Ihsane (Justice et Bienfaisance) essaie, lui, de prendre les devants… là où il n’y a pas encore eu de mobilisation.

Dans un texte publié lundi sur son site internet, Justice et bienfaisance « salue les manifestations en Tunisie et en Égypte » et appelle à un « changement démocratique urgent […] afin d’instaurer une véritable séparation des pouvoirs » ainsi qu’ à « l’établissement de mécanismes mettant fin à l’autocratie ». Il réclame aussi « l’abrogation » de l’actuelle Constitution – ce qui n’est pas nouveau.

L’affaire est prise très au sérieux par les autorités marocaines, qui n’ont de cesse d’essayer de désamorcer toute velléité de comparaison entre le royaume et ses turbulents voisins du Maghreb. Et Justice et Bienfaisance, interdit mais toléré par les autorités marocaines, est considéré comme l’un des mouvements islamistes les plus importants du Maroc. Sept membres de la confrérie islamiste, arrêtés en juin 2010 dans le cadre d’une sombre histoire d’enlèvement, avaient porté plainte pour torture contre la police en septembre de la même année.

Capacité de mobilisation

« Pour les autorités [marocaines], les membres de Justice et Bienfaisance seraient entre 30 000 et 40 000 membres. Mais les responsables du mouvement islamiste estiment que celui-ci compte près 200 000 adhérents », explique le politologue Mohamed Darif, spécialiste de l’islamisme marocain. « Mais la principale force de Justice et Bienfaisance est son organisation et sa capacité de mobiliser », ajoute-t-il.

Et les islamistes savent appuyer là où ça fait mal. « Des millions de Marocains souffrent de la pauvreté et du manque. Il est injuste que la richesse du pays soit accaparée par une minorité », souligne le mouvement qui se « définit comme un mouvement pacifique à référence islamique ».

Justice et Bienfaisance est dirigé par le Cheikh Abdessalam Yassine, 83 ans, un ancien inspecteur de l’enseignement influencé par le soufisme dont la fille Nadia est la porte-parole du mouvement. « Nous demandons aux autorités de mettre un terme à la "benalisation" que connaît le Maroc et à crédibiliser les institutions constitutionnelles », précise son mouvement.

S’exprimant jeudi dernier après des appels sur internet à une manifestation pacifique pour une « large réforme politique », le 20 février prochain, le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri avait souligné que le Maroc « s’est engagé depuis longtemps dans un processus irréversible de démocratie et d’ouverture de l’espace des libertés. […] Les citoyens peuvent s’exprimer librement […] tant que cela se déroule dans le plein respect des intérêts vitaux du pays ». (Avec AFP)