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M. Perewei, leader de l’AMC : « Nous n’avons pas peur des balles camerounaises »

Combattants de l'Africa Marine Commando. © D.R

Des négociations sont en cours entre les autorités camerounaises et les combattants nigérians de l’Africa Marine Commando, qui détiennent 12 Camerounais (dont le sous-préfet de Kombo Abedimo, Edward Ayuk Takor, et le maire d’Akwa, Patrick Aboko), enlevés lundi 7 février dans la péninsule de Bakassi. Les ravisseurs, qui menacent de tuer leurs otages, exigent le versement de 50 millions de Francs CFA immédiatement et la libération de quelque 30 des leurs, détenus dans les prisons camerounaises.

Le leader du commando, M. Perewei, alias Three Lion, alias Shut Aside, a accepté de s’expliquer pour Jeune Afrique. Pourquoi a-t-il agi, le 7 février dernier, que réclame-t-il, jusqu’où est-il prêt à aller ? Interview d’un pirate qui partage sa vie entre entre l’AMC et le Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (Mend).

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Jeuneafrique.com : qui sont les combattants de l’Africa Marine Commando ?

M. Perewei : Nous sommes des gens respectables (quelque 300, NDLR), qui luttons pour le respect de nos droits par le gouvernement du Cameroun. Le Nigeria et le Cameroun ont signé des accords incluant un certain nombre de droits pour les populations nigérianes de Bakassi, des pêcheurs pour la plupart. Loin de les respecter, l’armée camerounaise viole leur domicile et procède à des arrestations arbitraires de citoyens, soupçonnés d’être des pirates. Les vrais pirates, elle ne les interpelle pas. Nous avions promis de sévir. Nous sommes passés à l’acte et entendons nous battre jusqu’à ce que ce gouvernement accède à toutes nos revendications.

Quelle idéologie politique défendez-vous ?

Le Nigeria a cédé Bakassi au Cameroun ; nous n’y voyons aucune objection. En revanche, nous demandons à ce dernier de cesser de nous tuer. Mais notre combat va au-delà de Bakassi, puisque nous luttons pour les intérêts de tout le Delta du Niger. Depuis 2010, nous réclamons en vain la libération de tous nos frères détenus dans les prisons de Buea et de New-Bell, à Douala. Pire, les sociétés pétrolières qui exploitent notre pétrole utilisent les militaires camerounais pour nous éliminer : pendant nos parties de pêche en mer, nous sommes pris pour cibles par la Marine, qui nous assimile à des pirates.

Comme nous ne pouvons plus exercer d’activité, au risque de nous faire tuer, chaque société pétrolière présente à Bakassi doit nous verser une prime de 100 millions de Francs CFA annuels. A défaut, elles ne pourront plus fonctionner. Dans l’immédiat, pour la libération des otages capturés lundi dernier à l’aube, nous réclamons 50 millions de francs CFA.

Jusqu’où êtes-vous prêts à aller ? Il y a déjà eu des morts…

Et nous tuerons encore s’il le faut. Tant que nos revendications ne seront pas satisfaites par les autorités camerounaises, nous continuerons d’attaquer, de jour comme de nuit. Souvenez-vous de Bengmond, le 9 juin 2008 : cinq morts, dont le sous-préfet Fonya Felix Morfran (son remplaçant fait partie des otages, NDLR), le chef d’état-major du poste de commandement d’Akwa, le commandant Charles Mongou et le commandant de la brigade de gendarmerie d’Akwa, l’adjudant Joseph Basolog.

N’oubliez pas non plus l’attaque de Bamuso, le 29 mars 2010 à 3 heures du matin (12 armes de guerre avaient été volées dans une brigade de gendarmerie par des hommes armés venus de la mer, NDLR). Pourquoi le Cameroun refuse-t-il de nous écouter ? Nous pouvons affronter les militaires camerounais. Plusieurs d’entre nous connaissent le pays. Nous entrons et nous sortons de Limbe sans être inquiétés : nous sommes donc en mesure de frapper où et quand bon nous semble. Et nous n’avons pas peur des balles des militaires du Cameroun ou d’ailleurs…

Propos recueillis par Clarisse Juompan-Yakam

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