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Unesco : quarante ans de lutte contre le trafic des biens culturels

Écrit par Laurent de Saint Périer

Façade du musée égyptien du Caire. © AFP

Au lendemain de la révolution en Égypte, qui a vu l’énorme patrimoine culturel de ce pays exposé à des risques de pillage, l’Unesco a fait le bilan des quarante années d’existence de la Convention pour la lutte contre le trafic des biens culturels mise en place en 1970.

Alors que les vols au musée du Caire pendant les événements de la place Al-Tahrir ravivent le souvenir du saccage des musées de Bagdad en 2003, l’Unesco célébrait à Paris les quarante ans de la Convention pour la lutte contre le trafic illicite des biens culturels. Les 15 et 16 mars, experts, policiers et représentants des États ont fait le point sur un marché clandestin estimé à 4,3 milliards d’euros par an, le plus important après ceux des armes et de la drogue.

Contexte conflictuel et enjeu économique

Qualifiant les pillages et le trafic de « négation pure et simple des peuples et de leur histoire », Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco, a rappelé que moins de la moitié des 15 000 objets disparus à Bagdad ont été retrouvés. Moins dramatique, la situation en Égypte, en Tunisie, en Libye et au Yémen n’en reste pas moins alarmante. « À chaque fois qu’il y a conflit, il y a déperdition de patrimoine », a souligné l’Algérien Mounir Bouchenaki, directeur général du Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM).

Retenu dans son pays pour des raisons sans doute politiques, Zahi Hawass, l’ancien ministre égyptien des Antiquités, a lancé « un appel solennel à la communauté internationale afin de retrouver les objets volés au musée du Caire », qui seraient au nombre de 63.

Logo de la Convention pour la lutte contre le trafic des biens culturels de 1970.

Logo de la Convention pour la lutte contre le trafic des biens culturels de 1970.

© Unesco

Si le manque de coordination entre les acteurs publics et privés du secteur ne facilite pas la recherche des œuvres dérobées, la grande préoccupation concerne les objets issus de fouilles sauvages, jamais répertoriés et donc difficilement identifiables. C’est le danger qui pèse aujourd’hui sur les sites d’Afrique du Nord privés de protection : à Guizeh, des familles spécialisées dans la fouille clandestine profitent ainsi de la situation pour exhumer le maximum d’objets.

Au-delà d’un contexte sécuritaire favorable aux pillages, l’enjeu économique est le véritable moteur du trafic : de la fouille à la vente finale, les prix peuvent être multipliés par mille. Le défi consiste à sensibiliser les populations locales à la sauvegarde de biens qui leur appartiennent. Devant le musée du Caire, la barrière humaine que les manifestants ont opposée aux pillards a été la meilleure preuve de la prise de conscience, par le peuple égyptien, de l’importance de son patrimoine.

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