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Cameroun : doutes sur le bilan officiel d’un accrochage à Bakassi

Vue aérienne près d'Akwa, dans la péninsule de Bakassi (Cameroun), le 3 novembre 2008 . © AFP

Selon le gouvernement camerounais, 18 pirates ont été tués par l'armée à Bakassi. Les versions des différentes autorités de l'État ne concordent pas. Et ni le matériel saisi ni les corps des victimes n'ont été présentés à la presse, ce qui est en général le cas.

Le bilan de l’accrochage de samedi dernier en mer entre des soldats et des pirates à Bakassi ne cesse d’augmenter. D’abord officiellement fixé à deux morts, lundi, il était officieusement de dix morts, selon une source de sécurité. Désormais, selon la présidence camerounaise, le nombre de tués s’établit à 19, dont 18 pirates qui « retournaient à leur base arrière au Nigeria » après le braquage d’une agence d’Ecobank à Douala (sud) ayant fait cinq morts. Selon le quotidien privé Le Jour, les bandits auraient emporté 200 millions de F CFA (305 000 euros), mais 170 millions (259 163 euros) selon le quotidien d’État Cameroon Tribune. D’après la présidence, « deux suspects » ont été interpellés.

« Dans la matinée du 19 mars, une patrouille maritime [de l’armée camerounaise] a intercepté deux embarcations suspectes dans les eaux territoriales camerounaises », a annoncé le secrétaire général à la présidence Laurent Esso, dans un communiqué lu sur les antennes de la radio d’État. « Au cours de l’accrochage qui s’en est suivi, 18 pirates ont été tués et l’une des embarcations saisie », précise-t-il.

Les médias s’interrogent

« Blessé au cours de cette intervention et promptement évacué à l’hôpital de Douala, le chef de la patrouille décédera au matin du 20 mars à la suite d’une intervention chirurgicale », ajoute le communiqué. Avant de conclure : « Quatre autres militaires blessés et évacués en même temps reçoivent encore des soins appropriés dans la même formation hospitalière. »

Mais les médias s’interrogent sur la véracité de la version officielle, car dimanche, le gouverneur de la province du littoral, Faï Yengo Francis, avait évoqué l’accrochage en parlant de seulement deux morts – un pirate et un soldat camerounais. A-t-il tenté de minimiser l’incident, ou le gouvernement tente-t-il de l’instrumentaliser à son profit ?

« Il subsiste des questions sans réponses : où sont les corps des 18 bandits abattus et le matériel saisi ? », s’interroge notamment Le Jour, dans son édition de mardi. « Pour qui connaît le milieu, on ne se serait pas privés de montrer les "trophées" », remarque le journal. De fait, lundi soir, la télévision d’État a montré les images du ministre de la Défense rendant visite aux militaires blessés alors que le gouverneur Faï Yengo avait parlé de la saisie d’« un important stock de matériel », qui n’a pas été dévoilé.

Selon une source proche des services de sécurité, les pirates font partie d’un groupe nouvellement constitué pour mener des attaques « plus violentes » à Bakassi et ailleurs au Cameroun. (avec AFP)

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