Tunisie : Farhat Rajhi, le ministre de l’Intérieur « Monsieur propre » a été limogé

Écrit par J.A. avec Frida Dahmani, à Tunis

Le ministre de l'Intérieur Farhat Rajhi, le 25 mars 2011 à Tunis. © AFP

Deux mois tout juste après sa prise de fonction, Farhat Rajhi, le populaire ministre tunisien de l’Intérieur, a été limogé par le président intérimaire Fouad Mebazaa. Démission ou éviction ?

Lundi, le président par intérim Fouad Mebazaa de la Tunisie a démis de ses fonctions le ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi. « Sur proposition de M. Béji Caïd Essebsi, Premier ministre, le président de la République par intérim, Fouad Mebazaa, a décidé d’opérer un remaniement partiel du gouvernement, en vertu duquel il a nommé M. Habib Essid ministre de l’Intérieur », a rapporté l’agence officielle TAP.

Aucune précision n’a été fournie sur les raisons de ce limogeage. Il ne s’agirait pas d’une sanction de son action au ministère, mais une des conséquences de la nomination de Béji Caïd Essebi au poste de Premier ministre, le 27 février. Ce dernier reconstitue progressivement une équipe autour de lui et semblerait préférer un proche à ce poste sensible.

Farhat Rajhi, l"homme de la situation"

Nommé ministre de l’Intérieur le 27 janvier dernier, Farhat Rajhi, très respecté dans le milieu judiciaire, avait fait du rétablissement de la sécurité l’une de ses priorités. Ce magistrat de 58 ans s’était séparé d’une trentaine de hauts responsables de ce ministère réputé comme « miné » par les partisans de Zine el-Abidine Ben Ali. Le nom de Rajhi est associé à deux décisions historiques : la dislocation de la police politique de l’ancien régime et la suspension du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, l’ex-parti du président déchu), avant que la justice ne prononce officiellement sa dissolution.

Sur le plan de la communication, Farhat Rajhi a créé la page Facebook du ministère pour informer ses concitoyens inscrits sur le réseau social. Des milliers d’internautes l’avaient qualifié de « Monsieur propre » et d’ « homme de la situation » lorsqu’il avait raconté l’invasion de son bureau par des centaines de policiers et des partisans du président déchu Ben Ali.

Habib Essid, proche de la nomenclatura de Ben Ali?

Conséquence : l’opinion publique tunisienne est déconcertée par son départ. La sécurité dans le pays semble revenir petit à petit, et la situation à la frontière libyenne est bien gérée. Certes, des incidents sont encore déplorables, comme l’évacuation avec quelques rudesses policières d’un « sit in » à la Kasbah, le 25 mars. Mais cela semble bien insuffisant pour justifier un changement à l’Intérieur.

Démission ou éjection ? La question demeure encore sans réponse. Une chose est sûre : le nouveau ministre Habib Essid, a été chef de cabinet du ministère de l’Intérieur de 1997 à 2000. Les Tunisiens, en trois mois, n’ont pas hésité à se mobiliser pour refuser la présence au sein de l’exécutif de caciques de l’ancien pouvoir. Descendront-ils encore une fois dans la rue pour exiger le départ de Habib Essid ? Sa proximité avec la nomenclatura de Ben Ali pourrait en tout cas le desservir.
(avec Frida Dahmani, à Tunis)