Libye : les combats font rage à Brega, deux fils Kadhafi plaideraient pour le retrait de leur père

Par Jeune Afrique

Seïf el-Islam Kaddafi lors d'une visite à l'Institut du monde arabe, à Paris, en juillet 2005. © Agostino Pacciani

D'intenses combats ont opposé dimanche les insurgés et les forces loyales à Mouammar Kadhafi aux portes du site pétrolier de Brega. Dans le camp Kadhafi, affaibli par une nouvelle défection, deux fils du dirigeant libyen proposeraient une transition démocratique et, ainsi, le retrait de leur père du pouvoir.

L’issue de la crise libyenne sera-t-elle diplomatique ? Alors que les combats se poursuivent sur le terrain aux portes du site pétrolier de Brega, les diplomates s’activent en coulisse pour trouver une solution au conflit.
 
Pas de changement sur la ligne de front, les combats se sont concentrés, dimanche comme les jours précédents, autour du terminal pétrolier de Brega, un lieu stratégique situé à 800 km de Tripoli et à 240 km au sud de Benghazi, bastion de l’opposition. Après s’être emparés de l’Université du pétrole, un énorme campus à l’entrée est de la ville, les insurgés ont dû se replier sous le feu des pro-Kadhafi. « La situation est bonne, nous sommes aux portes de Brega », assurait de son côté un militaire se présentant comme un « colonel » de la rébellion.

L’Otan poursuit les frappes

Selon des journalistes de l’AFP, de fortes explosions ont résonné en provenance des positions des insurgés, tandis que des avions de l’Otan, dont les frappes aériennes ont freiné ces derniers jours la contre-offensive des forces loyalistes vers l’est, survolaient la région.

Dimanche matin, des avions français ont de nouveau détruit plusieurs blindés des forces pro-Kadhafi aux abords du port pétrolier de Ras Lanouf, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Brega, selon l’état-major. Vendredi, lors d’une bavure, l’une des frappes de la coalition a tué neuf rebelles et quatre civils à une quinzaine de kilomètres à l’est de Brega.

Désordre diplomatique dans le clan Kadhafi

Si l’armée pro-Kadhafi, résiste aux assauts rebelles, le pouvoir libyen a connu un nouveau revers dimanche avec la démission d’Ali Triki, un conseiller du colonel Kadhafi, doyen des diplomates et ancien « Monsieur Afrique » du dirigeant libyen.

L’ancien ministre des Affaires étrangères et des Affaires africaines, ambassadeur de Libye à l’ONU, n’a toutefois pas dit s’il rejoignait le camp des rebelles, a indiqué la Ligue arabe au Caire. Cette démission est intervenue deux jours après celle du chef de la diplomatie libyenne Moussa Koussa réfugié à Londres.

Le clan Kadhafi semble affecté par ces défections, au point que deux fils du dirigeant libyen proposeraient une transition vers une démocratie constitutionnelle, prévoyant le retrait du pouvoir de leur père, selon une information rapportée dimanche soir par le New York Times. Citant un diplomate sous couvert d’anonymat et un responsable libyen informés du projet, le quotidien américain indique que la transition serait pilotée par l’un des fils du « Guide », Seïf el-Islam Kadhafi. Le journal new-yorkais ne précise pas si le colonel Kadhafi souscrit à cette proposition appuyée par ses deux fils Seïf et Saadi.

Message similaire du vice-ministre libyen des Affaires étrangères Abdelati Laabidi. Lors d’une rencontre dimanche avec le Premier ministre grec Georges Papandreou, l’émissaire du colonel Kadhafi a transmis un message faisant apparaître que le régime « cherche une solution » au conflit en Libye. 

Enfin, une délégation de diplomates britanniques est arrivée samedi soir dans le fief rebelle de Benghazi (est) pour, selon Londres, « entrer en contact avec des personnalités, dont le Conseil national de transition » (CNT), organe représentatif de la rébellion.

Urgence humanitaire

Lueur d’espoir pour les civils piégés par les combats, un navire affrété par l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a quitté dimanche après-midi Misrata (200 km à l’est de Tripoli), assiégée et bombardée depuis quarante jours par les forces pro-Kadhafi, pour la Tunisie, avec 60 blessés à bord. Un ferry turc est lui arrivé dimanche à Benghazi avec à son bord une équipe médicale, deux ambulances et deux tonnes de médicaments et d’équipements médicaux.

Transformé en hôpital de fortune, le navire a récupéré près de 250 blessés à Misrata avant de prendre la direction de Benghazi puis de rentrer en Turquie. Seul pays musulman de l’Otan et important acteur diplomatique dans la région, Ankara a affirmé que cette mission avait reçu l’aval du colonel Kadhafi.

C’est également de Turquie qu’une pétition a été lancée pour obtenir la libération d’Imane al-Obeidi. La jeune femme, avait fait irruption le 26 mars dernier dans un hôtel de Tripoli, affirmant avoir été violée et torturée par des soldats de Kadhafi. Poursuivie pour « calomnie », les autorités libyennes affirment qu’elle a été remise en liberté pendant l’enquête du parquet. Imane al-Obeidi n’est pourtant pas réapparue en public depuis le 26 mars. La pétition demandant sa libération avait recueilli plus de 500 000 signatures dimanche soir. (avec AFP)