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Libye : vers l’enlisement du conflit ?

Un insurgé libyen à son arrivée dans un hôpital d'Ajdabiya, le 7 avril 2011. © AFP

Alors que les soupçons de bavure se portent à nouveau sur l'Otan, la situation militaire en Libye reste très incertaine. Les risques d'un enlisement du conflit sont réels.

Les insurgés étaient déjà furieux contre l’Otan qu’ils accusent de ne pas les aider suffisamment. Ils laissent désormais éclater ouvertement leur colère, comme Souleimane Rifadi, un volontaire à l’hôpital d’Ajdabiya, à 80 km à l’est de Brega : « Au lieu d’attaquer Kadhafi, ils nous attaquent. Qu’est-ce qui ne va pas avec nos amis les États-Unis et le Royaume Uni ? »

De fait, l’Alliance atlantique pourrait avoir commis une nouvelle bavure en Libye. Pour l’instant rien n’est sûr, et une enquête est en cours. Mais les témoignages sont troublants. Selon des sources hospitalières et plusieurs témoins, des avions de l’Otan ont ouvert le feu sur des chars à l’est du site pétrolier de Brega (est). Bilan du raid, selon le chef d’état-major des insurgés, le général Abdelfettah Younes Oubeidi : quatre tués – deux soldats et deux médecins -, ainsi que 14 blessés et six disparus.
Selon lui, cette attaque « semble avoir été l’œuvre de l’Otan. […] Nous estimons qu’il s’agit d’une frappe fratricide, menée par l’Otan par erreur. […] Si ce raid a été mené par l’Otan, c’est une erreur. S’il est le fait de l’armée de Kadhafi, c’est une erreur encore pire, car nous sommes censés être protégés de cela par une zone d’exclusion aérienne ».

Autre dommage aux origines troubles : au même endroit, des éclats d’obus sont tombés sur une ambulance, tuant un infirmier et blessant deux autres, selon un médecin qui a assisté au raid. « La façon dont l’ambulance a été endommagée n’est pas claire, parce qu’au même moment les forces de Kadhafi tiraient des roquettes Grad sur les rebelles », a-t-il précisé.

Misrata "priorité numéro un"

La multiplication possible des bavures n’a rien de rassurant. C’est même le syndrome d’une guerre dont la légitimité s’émousse à mesure qu’elle s’enlise. Partout dans le pays, les forces de Kadhafi résistent. Des avions ont survolé jeudi Tripoli et des explosions ont été entendues dans la banlieue-est, selon l’AFP. À Misrata, pilonnée sans relâche depuis un mois et demi par l’armée régulière, la situation humanitaire est très difficile. Emboîtant le pas à l’Otan, qui a fait de Misrata sa « priorité numéro un », l’ONU a appelé à un arrêt des hostilités autour de la ville, la troisième du pays.

Rebelles et humanitaires alertent depuis des semaines la communauté internationale sur le sort des quelque 300 000 habitants de cette ville dont plusieurs centaines ont été tués ou blessés par les combats selon eux. Un bateau du Programme alimentaire mondial (PAM) chargé d’aides, de vivres, de médicaments et de médecins devrait cependant arriver bientôt à Misrata.

Des affrontements entre rebelles et forces loyales se concentraient jeudi aux abords de la ville, selon un porte-parole des insurgés à Misrata ajoutant que les rebelles contrôlaient toujours le centre-ville. Dans la soirée, le porte-parole du régime a indiqué que les forces loyales était la cible de « raids intensifs » de l’Otan.

Aide financière mais pas d’armes

Alors que les rebelles reculent de plus en plus vers l’est devant l’avancée des forces de Kadhafi, l’Europe et les États-Unis ont décidé de les aider notamment sur le plan financier, selon des sources impliquées dans des discussions avec eux. Elles ont cependant souligné qu’aucune arme ne leur serait fournie, en application des résolutions de l’ONU imposant des sanctions contre la Libye et permettant l’usage de la force pour protéger les civils.

À Washington, un porte-parole de la diplomatie américaine s’est dit « encouragé » par les déclarations publiques et privées des rebelles. « Les choses vont dans la bonne direction » s’agissant du « respect des droits de l’homme et de la tentative de créer une transition démocratique incluant » toutes les composantes politiques, a déclaré Mark Toner. Sur le plan militaire, les alliés occidentaux sont en train d’établir un système de communication entre le commandement militaire des rebelles et l’Otan, ont indiqué ces sources s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

Cependant, le risque d’un enlisement se précise en Libye, favorisé par les limites fixées à l’intervention de l’Otan, la désorganisation persistante de rebelles mal armés et la résistance du régime de Kadhafi. À Washington, le général américain Carter Ham, commandant des forces américaines pour l’Afrique, a estimé qu’il était peu probable que les rebelles parviennent à lancer un assaut sur Tripoli pour renverser le colonel Kadhafi. Le porte-parole de l’état-major des armées françaises, le colonel Thierry Burckhard, a reconnu pour sa part que la situation était « complexe ». Les forces pro-Kadhafi ont « modifié leur mode d’action » en réponse aux frappes de la coalition internationale, les pick-up remplaçant les blindés, avec une tactique d’« imbrication » dans la population civile.

Pour dénouer cette crise, Paris a fait du départ de Kadhafi le préalable à toute solution politique, comme Washington la veille. Reporters sans frontières (RSF) a par ailleurs annoncé que quatre journalistes (un Sud-Africain, deux Américains, et un Espagnol) étaient portés disparus depuis le 4 avril dans l’Est. (avec AFP)

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