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Guinée-Bissau : la loi anti-excision rejetée par les praticiennes

Par Jeune Afrique

Manifestation de femmes sénégalaises et guinéennes, à Kolda (Sénégal), le 2 avril 2011. © AFP

Le 6 juin dernier, l'Assemblée nationale de Guinée-Bissau a voté une loi interdisant l'excision. Cette pratique vieille de plusieurs siècles, est largement répandue dans le pays et sera défendue bec et ongles par les exciseuses qui en tirent des revenus.

La campagne de sensibilisation aura payé. Le 6 juin dernier en Guinée-Bissau, une loi condamnant l’excision a été votée à une écrasante majorité au Parlement. Désormais une peine de cinq ans de prison et une amende pouvant atteindre les 5 millions de F CFA (7 622 euros) est encourue par toute personne se rendant coupable de mutilation génitale féminine.

Le texte doit encore être promulgué par le président Malam Bacai Sanha pour entrer en application, selon le député Antonio Serifo Embalo du Parti de la rénovation sociale (PRS, opposition).  Mais il représente une réelle victoire pour toutes les associations et ONG qui luttent contre cette pratique bafouant les droits de l’homme.

Plus de 350 000 femmes excisées

En Guinée-Bissau, l’excision concernerait plus de 350 000 femmes sur une population totale de 1,5 million d’habitants, d’après une étude de l’ONG locale anti-excision Sining Mira Nassiquê. Facteur aggravant : des femmes sont envoyées du Sénégal voisin vers la Guinée pour se faire exciser. Cette pratique est en effet condamnée par le régime de Dakar depuis 1999.

Comme l’indique Fatumata Djau Baldé, du réseau des femmes luttant contre les pratiques néfastes, l’excision n’a aucun lien avec la religion de l’islam, même si elle est couramment utilisée par des groupes ethniques à prédominance musulmane, notamment à Bafata (centre), Gabu (Est) et dans certaines provinces du sud de la Guinée-Bissau.  Selon une responsable d’une ONG de lutte contre les mutilations génitales féminines, plus de 64 %  des communautés situées en zones rurales continuent de faire exciser les jeunes filles, avec du matériel non stérilisé.

Ainsi, pour venir à bout de ce fléau, qui se multiplie en période de grandes vacances scolaires, « nous avons mis à contribution des imams, des chefs de village et des leaders d’opinion pour sensibiliser les groupes qui pratiquent encore l’excision », a précisé Fatumata Djau Baldé, qui se félicite du vote de la nouvelle loi.

"Mensonges qui dénigrent nos coutumes"

En revanche, qui dit loi ne veut pas forcément dire changement des mœurs. Après l’annonce du vote, plusieurs exciseuses du pays, qui tirent d’importants revenus de cette méthode, ont fait entendre leur voix. « Nos mères et nos grands-mères ont été excisées. Elles nous ont pourtant mises au monde sans difficulté. Nous n’écouterons pas les mensonges qui dénigrent nos coutumes », a fustigé l’une d’elles, Maram Baldé.

Cette dernière a affirmé manier le couteau d’excision depuis quatre décennies. Mais sans anesthésie, certaines filles et femmes ainsi excisées souffrent ensuite de saignements et d’infections. Elles sont même parfois exposées à des accouchements à risque pour elle-même et pour l’enfant.

Critiquée, la loi condamnant l’excision ne risque donc pas d’endiguer totalement la pratique, qui pourrait se développer en clandestinité. Néanmoins, «  elle facilitera le travail des associations et activistes » qui luttent contre ce rite datant de plusieurs siècles, a souligné la chercheuse Pierrette Herzberger-Fofana, auteure d’une étude sur le sujet, dans une tribune publiée lundi dans la presse sénégalaise.

Reste une note d’espoir pour le continent africain : la Guinée-Bissau devient le 19e pays d’Afrique à voter une loi anti-excision, contre 28 qui autorisent encore la pratique. (avec AFP)

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