Libye : la CPI appelle l’entourage de Kadhafi à livrer son chef

Par Jeune Afrique

Le leader libyen Mouammar Kaddafi. © Gianluigi Guercia/AFP

Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a appelé mardi l’entourage de Mouammar Kadhafi à livrer le "Guide" après le mandat d’arrêt émis à son encontre.

« Le cercle de Kadhafi est la première option. Ils peuvent exécuter les mandats d’arrêt : ils doivent choisir entre faire partie du problème et risquer d’être poursuivis, ou ils peuvent faire partie de la solution », a déclaré Luis Moreno-Ocampo, le procureur argentin de la Cour pénale internationale (CPI) lors d’une conférence de presse à La Haye.

Mandats d’arrêt de la CPI, "une couverture pour l’Otan"

Lundi, la CPI a délivré des mandats d’arrêt pour crimes contre l’humanité contre le colonel Kadhafi, son fils Seif el-Islam et le chef des services de renseignement libyens Abdallah el-Senoussi. Les trois hommes sont accusés de meurtres et de persécutions commis depuis le 15 février par les forces de sécurité fidèles à Kadhafi, dans les villes de Tripoli, Benghazi, mais aussi Misrata.

« La Libye a la responsabilité principale d’exécuter les mandats d’arrêt », a affirmé Moreno-Ocampo. Il a ajouté que le pays, en tant que membre des Nations unies, devait « se plier à la résolution du Conseil de sécurité du 26 février qui spécifie que les autorités libyennes doivent coopérer pleinement avec la Cour ».

Lundi soir, le nouveau ministre de la Justice nommé par « le Guide suprême de la révolution », Mohamed el-Gamoudi, a déclaré que le mandat d’arrêt de la CPI contre le dictateur libyen était une « couverture pour l’Otan qui a essayé et tente toujours d’assassiner Kadhafi ». L’Alliance atlantique a pris, fin mars, le commandement des opérations visant à renverser le dirigeant libyen, au pouvoir depuis quarante-deux ans.

Luis Moreno-Ocampo promet "un procès juste"

Les frappes aériennes de l’Otan ne cessent de s’intensifier, mais malgré les nombreuses défections Kadhafi tient bon. « Ceux, au sein du régime libyen, qui tentent de dissimuler les crimes commis en Libye, pourraient faire l’objet de poursuites », a averti le procureur de la CPI.

La révolte en Libye, qui a éclaté à la mi-février, a fait des milliers de morts et entraîné la fuite à l’étranger de près de 650 000 Libyens, ainsi que le déplacement à l’intérieur du pays de 243 000 autres.

Entrée en fonction en 2002, la CPI ne dispose d’aucune force de police propre et dépend donc de la volonté des États  pour l’exécution des mandats d’arrêt.

Si Kadhafi venait à être arrêté « nous sommes prêts pour un procès », a précisé le procureur Luis Moreno-Ocampo, avant d’ajouter : « légalement, il est toujours innocent. Il aura un procès juste ».

Mais d’après Firas Abi, directeur-adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la société londonienne de renseignement et d’analyse Exclusive Analysis, le colonel se fait plus de souci pour « sa situation militaire difficile » que pour le mandat de la CPI. En effet, les rebelles ne sont plus qu’à 50 km au sud de Tripoli et ils ont réussi à mettre la main sur un vaste dépôt de munitions, à 120 km de la capitale.

Le Conseil national de transition (CNT), organe politique des rebelles libyens a exprimé sa volonté d’exécuter les mandats d’arrêt. Mais pour Abi, « s’ils capturent Kadhafi vivant, les rebelles auront la pression [de leur population] pour le juger en Libye plutôt que de le transférer à l’étranger ».

Vers une impasse ?

Selon Luis Martinez, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) de Sciences-Po Paris, la décision de la CPI marque « la fin d’une tentative politique négociée permettant à Kadhafi de se cacher quelque part en Libye le temps qu’une transition se fasse ».

Ce que confirme Natalino Ronzitti, de l’Institut des affaires internationales de Rome. Le mandat d’arrêt de la CPI ne va donc pas hâter la fin du conflit armé. Bien au contraire, « si des forces terrestres ne sont pas déployées [par l’Otan], l’impasse va demeurer ». (avec AFP)