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Ghana : Akua Donkor, la « troisième femme » de la présidentielle

Akua Donkor, une entrepreneuse fortunée mais analphabète. © D.R.

Une agricultrice de 60 ans ayant fait fortune dans le cacao, Akua Donkor est la "troisième femme" à vouloir concourir à l'élection présidentielle de 2012 au Ghana. Avec néanmoins peu de chances de l'emporter sur ses deux rivales...

Les femmes veulent le pouvoir au Ghana. Avec l’ex-première dame Nana Konadu Agyeman-Rawlings et la fille du "père fondateur", Samiah Nkrumah, une autre femme, Akua Donkor, a l’intention de briguer la magistrature suprême en décembre 2012, en tant que candidate indépendante.

Akua Donkor ne parle pas anglais, la langue officielle du pays, ne sait pas écrire son nom dans aucune des langues du pays, mais elle a la ferme volonté de diriger le Ghana, « par la grâce de Dieu ». Et il est vrai qu’il lui faudra un coup de pouce du destin, car elle se présente contre les deux principaux partis politiques du pays, le Congrès national démocratique (NDC, du président sortant John Atta Mills) et le Nouveau parti patriotique (NPP de l’opposant Nana Akufo-Addo).

"Choisie par Dieu"

« Bien que n’appartenant à aucun parti politique connu dans le pays, je suis remplie d’espoir. Je serai David dans la politique de cette nation en 2012 parce que j’ai été choisie par Dieu pour sauver le pays des mains des deux partis, NDC et le NPP », a déclaré en ashanti, sa langue maternelle, cette agricultrice de 60 ans, lors de sa déclaration de candidature à Kumasi, capitale du pays ashanti.

Originaire d’Affigya Kwabre, elle s’en prend ouvertement aux deux principaux partis qui dirigent à tour de rôle le pays depuis plus de deux décennies, avec un succès relatif. Son message, qui vise essentiellement le réservoir électoral ashanti du NPP, est sans ambages : « Vous avez placé votre confiance en des gens qui prétendent être allés à l’école dans de grandes universités européennes et qui savent s’exprimer en anglais, mais ceux-ci, vous le constatez avec moi, ont échoué lamentablement. Maintenant essayez l’analphabète que je suis et je ne vais pas vous décevoir ».

Programme ambitieux

Akua Donkor a un programme qui ne manque pas de surprendre, mélange d’ultralibéralisme et de relance des investissements publics. Elle promet de lever les taxes sur les importations si elle est élue afin de « permettre aux gens d’importer davantage de biens ». Elle veut instaurer une zone franche au port de Téma, dans la banlieue d’Accra « pour attirer davantage d’entreprises ». Quant aux recettes provenant de l’exploitation des ressources naturelles du pays telles que l’or, le bois, le manganèse et la bauxite, elles devraient servir, dit-elle sans entrer dans les détails, « à assurer l’éducation des jeunes et à construire des infrastructures de santé ».

Dans sa grande vision pour son pays, Akua Donkor n’oublie pas les journalistes. Sa solution pour eux est simple : « Je vais offrir à chaque média du Ghana une nouvelle voiture de sorte que les journalistes puissent voyager dans toutes les régions et réaliser des reportages sur les défis auxquels le pays fait face ». Une proposition à laquelle ses détracteurs ne manqueront pas d’objecter : oui, mais qui paiera l’essence ?

Car la question qui se pose est celle des moyens. La future candidate répond en mettant en avant sa réussite personnelle. Akua Donkor a fait fortune dans l’agriculture, notamment dans l’exploitation du cacao, dont le Ghana est un grand producteur. Bien que très peu connue de ses compatriotes, ses actions sociales dans la circonscription électorale d’Heman où elle est députée, sont bien connues de la population locale. Sur fonds propres, elle a construire des écoles et fourni de l’eau potable et de l’électricité à des villageois. Sa recette peut-elle s’appliquer à tout le pays ? Akua Donkor en est persuadée…

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André Silver Konan, envoyé spécial à Accra.

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