La tombe de Thomas Sankara vandalisée à Ouagadougou

Par Jeune Afrique

L'assassinat de Thomas Sankara n'a jamais été élucidé. © DR

La tombe de l’ancien président Thomas Sankara a été vandalisée dans la capitale burkinabè mercredi. Sa veuve s’est dite choquée et réclame des « explications » de l’État.

Dans le cimetière de Dagnoen, dans la banlieue Est de Ouagadougou, la sépulture de l’ancien président Thomas Sankara a été vandalisée, mercredi, selon Radio France Internationale (RFI). L’épitaphe sur la partie supérieure de la tombe en ciment, peinte aux couleurs nationales – rouge, vert et jaune –, a été complètement détruite. On pouvait notamment y lire : « Camarade capitaine Thomas Sankara (1983-1987) », les dates de sa présidence.

Aucune indication sur cette profanation n’a été donnée par les services municipaux en charge de la gestion des cimetières.

Avertie dès le lendemain, sa veuve, Mariam Sankara, s’est dite choquée par cette profanation qu’elle qualifie d’« acte odieux » et espère « que l’État donnera des explications ». Elle annonce, dans une  interview accordée à RFI, que la famille va déposer une plainte.

« C’est un scandale », a déclaré le président de la Fondation Thomas Sankara, Jonas Hien, réclamant l’ouverture d’une enquête. « La profanation d’une tombe est inacceptable, voire incompréhensible », a-t-il jugé.

« Même mort, ils l’attaquent », chuchotait devant la tombe l’un de ses admirateurs, Eléazar Béréwoudougou, 36 ans, pestant contre des « lâches ».

"Lieu de recueillement"

« Je ne comprends pas que ce genre d’acte puisse se produire et je me demande même jusqu’où ils peuvent aller », s’interroge Mariam Sankara. « Est-ce que c’est vraiment pour faire complètement disparaître cette tombe ? »

L’assassinat de l’ancien dirigeant burkinabè en 1987 n’a jamais été élucidé et Mariam Sankara continue de demander justice. Une plainte qu’elle a déposée a été classée par la justice du Burkina. Aujourd’hui encore, Mariam Sankara doute que le corps de son mari se trouve bien dans le tombeau et attend une expertise ADN. 

Le 4 août 1983, à 33 ans, le capitaine Sankara avait pris le pouvoir en Haute-Volta – qu’il rebaptisera Burkina Faso (« patrie des hommes intègres ») – lors d’un coup d’État mené notamment avec l’actuel président, Blaise Compaoré, son numéro 2 qui deviendra son tombeur.

Tué lors d’un putsch en 1987, Sankara continue de fasciner de nombreux Africains, artistes et intellectuels notamment. Sa tombe est un lieu de pèlerinage pour ses partisans à chaque anniversaire de sa mort, le 15 octobre 1987. Elle « reste un lieu de recueillement pour la famille », insiste Mariam Sankara.