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Mamadou Nkrumah Sané : « Wade perdra à cause de nous en 2012 »

Écrit par Rémi Carayol

Mamadou Nkrumah Sané. © DR

À Paris, où il vit en exil depuis vingt ans, le secrétaire général autoproclamé du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) soutient toujours la voie de l’indépendance et rend Dakar responsable des divisions au sein de la rébellion. Interview.

Jeuneafrique.com : Qelles sont aujourd’hui vos revendications, près de trente ans après le début de la rébellion ?

Mamadou Nkrumah Sané : Ce ne sont pas des revendications, c’est un droit. La Casamance est indépendante depuis le référendum de 1958 [visant la création de la Communauté française, NDLR]. Le « non » l’avait emporté mais les voix casamançaises ont été diluées dans l’ensemble sénégalais. Le Sénégal n’a pas à nous donner l’indépendance car il ne nous a jamais colonisés.

Plusieurs membres du mouvement reconnaissent que la plupart des Casamançais ne vous suivent plus sur ce plan…

Mais si, ils y sont plus que jamais favorables. Tous les jours, des jeunes m’appellent pour rejoindre le maquis. Ces jeunes sont nés dans la rébellion et sont excédés.

Vous n’êtes pas le seul à revendiquer la direction du mouvement. Le MFDC est aujourd’hui plus que jamais divisé…

C’est le résultat de la politique du gouvernement. Les assises du mouvement dont on parle tant n’ont pas été préparées par le MFDC, mais par les ministres sénégalais de Diouf puis de Wade. Ces gens ne comprennent pas notre peuple. C’est nous qui devons organiser ces assises, pas eux.

Qu’attendez-vous ?

Je fais l’objet d’un mandat d’arrêt international. Je ne peux pas me rendre au Sénégal. En 2005, Wade m’a envoyé un messager. Nous avons discuté trois jours autour d’un accord afin que l’abbé Diamacoune soit libéré et que je puisse rentrer librement en Casamance – et aussi que tous les documents saisis chez moi par la police française me soient remis. Mais au final, Wade l’a refusé. Depuis, je n’ai plus de nouvelles. Wade perdra à cause de nous en 2012, comme Diouf a perdu à cause de nous en 2000.

Qui reconnaissez-vous aujourd’hui sur le front militaire ?

Le groupe armé d’Ousmane Niantang Diatta . Les autres [Salif Sadio et César Atoute Badiate] ont désobéi à l’abbé et à moi. Je n’ai plus de contact avec eux. César ne répond plus à mes appels.

Quel est votre lien hiérarchique avec Niantang ?

Je suis son supérieur.

Quelles sont vos directives ?

De nous réorganiser et de recruter pour préparer la grande offensive contre les occupants.

Cautionnez-vous les attaques contre l’armée ?

Oui.

Et les rackets contre la population ?

L’armée est responsable de ces actes. J’accuse le gouvernement sénégalais de recruter des bandits afin qu’ils se déguisent en membres du MFDC et s’attaquent à la population casamançaise. Vous remarquerez d’ailleurs qu’il n’y a pas de victimes sénégalaises, mais seulement des Casamançais. Pourquoi mes hommes ne s’attaqueraient-ils pas à ces étrangers alors que ce sont eux qui ont l’argent ?

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Propos recueillis par Rémi Carayol

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