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Côte d’Ivoire : les prophéties évangélistes pro-Gbagbo continuent de sévir

Par Jeune Afrique

Sous Gbagbo, les églises évangélistes confondaient souvent religion et politique. © AFP

De nombreuses prophéties évangélistes promettant le retour de Laurent Gbagbo circulent en Côte d’Ivoire. L’œuvre de mouvements sectaires dangereux pour la paix et la réconciliation.

Les astres seraient-ils favorables à Laurent Gbagbo ? C’est ce que clament plusieurs pasteurs évangélistes de Côte d’Ivoire, qui prédisent le retour de l’ex-président.

« Ce n’est pas fini ! », promet Elie Ayéri, membre de l’« Église des merveilles de Dieu », brandissant un enregistrement audio de Mamadou Koné, alias « Malachie » (photo ci-dessous, © AFP), un pseudonyme tiré de l’Ancien Testament. Recherché par la justice ivoirienne, ce dernier a prophétisé une nouvelle « guerre », un « grand vent de destruction », une « catastrophe » au début du mois d’août. Un soi-disant prélude à la libération de l’ex-dirigeant. Assez pour affoler les habitants d’Abidjan, qui se sont rués vers les commerces avant l’Apocalypse annoncée. « J’ai rempli mon frigo pour trois mois », se souvient Victoire Golly Yaba, une mère de famille qui se dit « traumatisée ». Et pour cause : la prophétie n’a pas eu lieu.

Mais Yves Agnimel, pasteur à la « Chapelle évangélique des délices de l’arrière-saison », n’en démord pas. « Elle s’est accomplie en partie », estime-t-il, voyant dans la série d’accidents de la route très meurtriers au début du mois d’août le signe tant attendu du destin. Les évangélistes étaient déjà influents pendant la crise post-électorale. Une influence qui s’étendait jusqu’au palais présidentiel.

Espoir de victoire

Grâce à la magie du verbe, ces pasteurs avaient laissé espérer au camp Gbagbo son maintien au pouvoir. Après avoir refusé les résultats de l’élection présidentielle de novembre 2010, donnant Alassane Ouattara gagnant, Laurent Gbagbo s’est accroché à son poste jusqu’à son arrestation le 11 avril. Il est depuis assigné à résidence avec son épouse Simone à Korhogo dans le nord du pays, dans l’attente de son procès pour « crime économiques ».

D’où vient l’engouement des Ivoiriens pour ces mouvements sectaires ? Pour Nestor Amidié Dakaud, sociologue, il s’agir avant tout d’un « problème d’éducation ». Épuisée par une décennie de crise politico-militaire, la population est « sans repère », ce qui constitue « un terreau fertile pour la propagation des croyances et des prophéties en tous genres », raconte-t-il.

Devant ces dérives, l’« apôtre » Jean Assémian, fondateur de la Mission des royaumes de Dieu (Mirod), aimerait « assainir » un milieu « gangrené par des pasteurs » cupides. « Les prophètes qui prennent leurs rêves pour la réalité jettent un discrédit sur la corporation », déclare-t-il. Désormais, des proches du président Ouattara souhaitent aller plus loin contre ces imposteurs. La guerre contre les « charlatans » serait déclarée. À bon entendeur…

(Avec AFP)

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