Fermer

Tunisie : Abdelfattah Mourou mène une liste indépendante à la Constituante

Par Jeune Afrique

L'avocat tunisien Abdelfattah Mourou le 6 juin à Tunis. © Fethi Belaid/AFP

L’ex-numéro 2 du parti islamiste Ennahda, Abdelfattah Mourou dirigera une liste indépendante à l'élection de l'assemblée constituante en Tunisie, le 23 octobre prochain.

Après Ahmed Néjib Chebbi, président du Parti démocrate progressiste (PDP), et Radia Nasraoui, l’avocate et militante des droits de l’homme, une autre figure de la politique tunisienne vient de faire son entrée dans la campagne de l’élection de l’assemblée constituante du 23 octobre. Abdelfattah Mourou est désormais en tête de la liste indépendante « Alliance démocratique » dans la circonscription de Tunis 2, qui regroupe les banlieues chic du nord de la capitale, et qu’il surnomme « la circonscription des éléphants ».

Le juriste tunisien de 63 ans dit vouloir participer à la Constituante pour « doter le pays d’institutions solides avant les vraies échéances électorales que seront les législatives et la présidentielle ». « Il n’est pas encore temps de mettre en place un programme idéologique en Tunisie, qu’il soit islamiste ou d’extrême-gauche. Ce dont le pays a besoin, c’est de la mise en place d’institutions qui préserveront la liberté du citoyen et l’indépendance de la Tunisie », ajoute-t-il. Sa priorité : défendre les principes de décentralisation, de contre-pouvoirs forts, d’indépendance de la justice et garantir les libertés fondamentales telles que les « droits de l’enfant, de la femme, droit à la propriété, liberté de circulation, droit à une vie décente… »

Prise de distance avec Ennhada

Le divorce avec ses anciens compagnons de la mouvance islamiste semble bel et bien consommé. D’après la version officielle, Abdelfattah Mourou, cofondateur aux côtés de Rahed Ghannouchi du Mouvement à tendance islamiste (MTI) en 1989, devenu Ennhada, a pris ses distances parce que le parti « ne s’est pas excusé pour l’affaire de Bab Souika ». Il s’agissait de l’incendie criminel d’un local du RCD (ex-parti présidentiel) en 1991, dans lequel un gardien avait trouvé la mort.

Mais les détracteurs de Mourou voient en lui une simple vitrine modérée qui roule en réalité pour le mouvement islamiste. « Je suis un militant islamiste et je le reste », affirme Abdelfattah Mourou. « Je ne vais pas demander aux gens de fermer les yeux et de me remettre leurs voix pour les donner ensuite à Ennahda », se défend -il. Pourtant une alliance avec ses anciens camarades après les élections n’est pas exclue. « Tout est possible », lance-t-il.

"Toute la Tunisie me connaît déjà"

Plutôt confiant sur ses chances de succès, Abdelfattah Mourou prépare sa campagne avec « ses propres deniers », assure-t-il, fustigeant au passage les partis qui « peuvent dépenser des millions de dinars pour s’afficher en grand dans les rues de Tunis ». Suspecté d’avoir bénéficié d’une publicité gratuite sur la télévision Hannibal, où il a animé une émission religieuse quotidienne de 8 minutes pendant le mois de ramadan, le cheikh Mourou balaie les accusations d’un revers de main. « Toute la Tunisie me connaît déjà », affirme-t-il.

La candidature du cheikh s’ajoute aux 1600 listes déjà enregistrées pour l’élection à la Constituante, qui briguent les 218 sièges de la future assemblée. Abdelfattah Mourou le reconnaît lui-même : le vote est illisible pour les Tunisiens à cause du nombre exorbitant de candidatures. « Les gens ne comprennent pas bien. Ils vont aller aux urnes pour la première fois, trouver 50 ou 60 listes, ne pas savoir ce qui les différencie fondamentalement, ni pour quoi ils vont les élire ». Selon lui, « il faudra des années pour comprendre le jeu électoral et saisir tous les enjeux ».

(Avec AFP)

 

Couverture

L’actu n’attend pas !


Couverture

Accédez à toute l'actualité africaine où que vous soyez en souscrivant à l'Edition Digitale de Jeune Afrique

Je m'abonne J'achète ce numéro