Libye : le CNT progresse à Syrte mais paie cher ses cafouillages à Bani Walid

Par Jeune Afrique

Les pro-CNT ont dû abandonner l'aéroport de Bani Walid. © AFP

Les pro-CNT poursuivent leur avancée dans la ville natale de Mouammar Kadhafi. Un manque de coordination les a en revanche contraints à se replier à Bani Walid, après avoir essuyé de fortes pertes.

Les combattants du Conseil national de transition libyen (CNT) affirment contrôler « près de 90% de Syrte ». Une déclaration faite lundi, après une nouvelle journée de combat au cœur du principal bastion de derniers fidèles de Mouammar Kadhafi, à 360 km à l’est de Tripoli.

« Les révolutionnaires sont à moins d’un kilomètre de la place centrale. Nous contrôlons près de 90% de Syrte. Les combats se déroulent sur une surface de quelques kilomètres carrés seulement », a déclaré Makhlouf el-Ferjani, membre du Conseil militaire de Syrte.

Les combats ont été aussi lents qu’intenses, et les forces du CNT ont subi de fortes pertes. Près de 70 combattants ont été tués ces derniers jours, dont au moins 17 morts et plus d’une centaine de blessés lundi, selon le personnel des hôpitaux de campagne établis à l’est et à l’ouest de la ville.

Dimanche, les forces du nouveau pouvoir libyen avaient réalisé une percée majeure, en s’emparant dans le sud de Syrte de l’université et du Centre Ouagadougou, deux places fortes des pro-Kadhafi. Plus à l’ouest, les combattants pro-CNT avaient aussi pris le contrôle d’un palais de l’ancien « Guide », connu comme sa « ferme », et de l’hôpital Ibn Sina, le plus grand de la ville, selon un reporter de l’AFP.

La dynamique est diamétralement opposée à Bani Walid, vaste oasis au relief escarpé à 170 kilomètres au sud-est de Tripoli, et autre bastion Kadhafiste. Les forces du CNT ont perdu dimanche l’aéroport de la ville et ont vu 17 de leurs membres mourir et plus de 80 être blessés lors de ces affrontements.

"Repli stratégique" à Bani Walid

Plus grave, cette déconvenue est semble-t-il la faute d’un manque de coordination entre les brigades impliquées dans l’assaut, qui a contraint les troupes à reculer dimanche soir, faute d’avoir pu sécuriser les positions conquises dans la journée.

« Les gens arrivent spontanément de différentes villes pour se battre ici, mais personne ne les contrôle », se désespère Wasef Badrani, médecin sur le front.

Selon un membre de la brigade Jado, dirigée par le commandant Moussa Younès, chef des forces du Conseil national de transition (CNT) sur ce front, « les instructions étaient de prendre l’aéroport et de sécuriser les alentours, afin d’en faire une base militaire ». Mais au lieu d’épauler la brigade, les autres unités sont parties vers le centre-ville.

Les combattants du CNT sont alors tombés dans une embuscade qui a tourné au massacre. Cernés par les tireurs embusqués, attaqués à l’arme lourde, les combattants ont finalement battu retraite à la tombée de la nuit. « Nous avons dû abandonner certains de nos camarades blessés sur place », confie Mohamed Saoud. « C’était un vrai massacre. Nous n’étions pas organisés ».

Remettre de l’ordre dans les troupes

Lundi, le commandant Moussa Younès, chef des opérations du CNT sur ce front a décrété la suspension des combats à Bani Walid officiellement « pour donner une dernière chance aux civils de fuir et aux forces loyalistes de se rendre ». Moussa Younès a tout de même concédé qu’il s’agissait aussi de remettre de l’ordre parmi ses troupes avant une nouvelle offensive.

A Tripoli enfin, 200 à 300 hommes lourdement armés, « des islamistes extrémistes qui veulent créer des troubles » d’après des témoins, ont attaqué une mosquée dans la nuit de dimanche à lundi et profané les tombes de deux imams.

(Avec AFP)