Présidentielle au Cameroun : Paul Biya rempile pour un sixième mandat consécutif

Paul Biya et son épouse Chantal, le jour du vote à Yaoundé, le 9 octobre 2011. © Seyllou/AFP

La Cour suprême du Cameroun, au bout d'une lecture des résultats de la présidentielle qui a duré huit heures, a proclamé Paul Biya élu pour un sixième mandat. La fin d'une élection sans suspense ? Pas sûr, certains opposants menaçant de descendre dans les rues pour contester la nouvelle victoire du "Sphinx d'Etoudi".

Une élection rondement menée. Voire même, selon l’opposition, téléguidée. Sans aucune surprise, donc, Paul Biya a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre par la Cour suprême statuant en tant que Conseil Constitutionnel. Au pouvoir depuis 1982, Biya rempile pour un sixième mandat consécutif, à l’âge de 78 ans, avec un score qui laisse rêveur : 77,989 % des voix, lequel est tout de même plus raisonnable que celui de 1997 (92, 57 %).

Il devance son opposant historique John Fru Ndi (10,712%), Garga Haman Adji de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD), qui vient en 3e place (3,211 %), devant Adamou Ndam Njoya de l’Union démocratique du Cameroun (UDC). 3e en 2004, celui-ci n’obtient que 1,733% des voix. Paul Ayah Abine (People’s Action Party, PAP) et Edith Walla Kahbang (Cameroon People’s Party, CPP) complètent le tableau des six premiers arrivant avec respectivement 1,264% et 0,716 % des suffrages.

Taux de participation en recul

Le vainqueur étant connu d’avance, le seul enjeu du scrutin portait sur le taux de participation, qui est encore en recul par rapport aux derniers scrutins. Celui-ci est de 65,82 % sur 7 521 651 électeurs, un taux inférieur à ceux de 1997 (81,35%) et de 2004 (82,83%).Mais vendredi matin, le SDF affirmait que, selon ses propres comptages, le taux de participation serait de « 30,1% ».

La lecture des résultats a duré plus de 8 heures. « Est déclaré président comme ayant obtenu la majorité des suffrages exprimés le candidat Paul Biya », a annoncé le premier président de la Cour suprême, Alexis Dipanda Mouelle à la fin d’un processus électoral désavoué par l’opposition. Lundi, John Fru Ndi et six leaders de l’opposition avaient signé une déclaration rejetant par avance « tout résultat que pourra déclarer le Conseil constitutionnel ». Mais les recours en annulation déposés ont été rejetés dans la nuit de mercredi à jeudi dernier.

Signe de la démobilisation de l’électorat, et notament de la jeunesse camerounaise, Fru Ndi, dont le parti le Social Democratic Front (SDF), avait hésité à participer au scrutin, est comme Biya en recul obtenant 10,712% contre 17,40% en 2004.

"Confirmation du scandale"

« La proclamation des résultats est la confirmation du scandale. C’est tout. Elle nous réconforte dans notre position (…) Nous contestons et que nous contesterons. Nous serons aux côtés du peuple qui va protester quelle que soit la forme qu’il choisira », a déclaré Evariste Foupoussi, du SDF.

Pour prévenir tout trouble à l’ordre public, alors que les évêques du Cameroun ont appelé à ne pas manifester, les mesures de sécurité ont été renforcées dans les villes du pays pour faire face à d’éventuelles contestations. À Douala (sud), la capitale économique, les manifestations sont interdites, selon la presse locale

"Appels injustifiés à la violence"

Le Rdpc a quant à lui accusé mardi « certains partis politiques (…) au mépris de la légalité républicaine, de lancer des appels injustifiés et inadmissibles au désordre et à la violence ». Mais jeudi, les États-Unis sont venus confortés les opposants, estimant que l’élection était entachée « d’irrégularités à tous les niveaux ». La France, quant à elle, continue d’estimer que l’élection s’est déroulée « dans des conditions acceptables », ce qui est la preuve, selon le Cardinal Christian Tumi (voir son interview à jeuneafrique.com ici), que « la France ne sait pas ce qui se passe au fin fond du Cameroun ».

« La France a pris cette position parce qu’elle s’est fondée très exactement sur les conclusions d’une commission internationale d’observateurs », se défend le ministre français de la Coopération, Henri de Raincourt. Pas sûr que, dans ces conditions, la France marque des point dans le coeur des camerounais pour l’après-Biya.

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Résultats complets de l’élection présidentielle camerounaise du 9 octobre proclamés par la Cour suprême vendredi 22 ocotbre :

Inscrits: 7.521.651

Votants: 4.951.434

Abstentions: 2.570.217

Taux d’abstention: 34,18%

Taux de participation: 65,82%

Votes nuls: 114.185

Suffrages exprimés: 4.837.249

Classement :

1. Paul Biya (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, Rdpc au pouvoir) 77,989% (3.772.527 voix)

2. John Fru Ndi (Social democratic front, SDF) 10,712% (578.175 voix)

3. Garga Haman Adji (Alliance pour la démocratie et le développement, ADD) 3,211% (155.348 voix)

4. Adamou Ndam Njoya (Union démocratique du Cameroun, UDC) 1,733%

5. Paul Ayah Abine (People’s Action Party, PAP) 1,264%

6. Edith Walla Kahbang (Cameroon People’s Party, CPP) 0,716%

7. Albert Dzongang (La Dynamique pour la Renaissance Nationale) 0,543%

8. Jean de Dieu Momo (Patriotes Démocrates pour le Développement du Cameroun PADDEC) 0,491%

9. Jean-Jacques Ekindi (Mouvement Progressiste, MP) 0,446%

10. Bernard Muna (Alliance des Forces Progressistes (AFP) 0,381%

11. Esther Dang Bayibidio (Bloc pour la Reconstruction et l?Indépendance Economique

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