Bénin : le pape Benoît XVI à la rencontre d’une Église africaine fragmentée

Par Jeune Afrique

Le pape Benoît XVI embarque le 18 novembre 2011 à Rome pour se rendre au Bénin. © AFP

Attendu vendredi après-midi au Bénin, pour sa deuxième visite sur le continent, le pape Benoît XVI trouvera une Église africaine à l’influence croissante, bien qu’à la réputation entachée par plusieurs scandales de mœurs et de corruption.

Des dizaines de milliers de fidèles sont attendus vendredi à Cotonou, capitale économique du Bénin, pour la visite de Benoît XVI en terre africaine. Entre deux tours de papamobile et quelques poignées de mains serrées, le pape viendra remettre à une délégation d’évêques une exhortation apostolique issue du synode africain de 2009 autour des thèmes de la réconciliation, de la justice et de la paix en Afrique.

Si sa première visite avait été marquée par un vent de polémique, suite à ses propos sur le préservatif,  dont il avait jugé que l’utilisation pouvait aggraver le problème du sida, nul doute que cette fois-ci Benoit XVI se montrera plus prudent. Il était déjà revenu sur ses propos en 2010, admettant l’usage du préservatif comme nécessaire « dans certains cas ».

Progression

Le voyage en terre africaine sera surtout l’occasion pour le pape de se confronter à une Église en pleine croissance : la progression du catholicisme est telle (plus de 8 millions, + 0,29% entre 2007 et 2008) que l’exil de prêtres envoyés peupler les églises vides d’Occident est en passe de devenir monnaie courante sur le continent.

Mais l’expansion de la foi catholique en Afrique ne se fait pas sans une certaine concurrence entre religions. Nombre de déçus du catholicisme, à la recherche d’un certain réconfort moral, en pleine précarité sociale, se tournent vers des sectes pentecôtistes qui « proposent la prise en charge totale, alors que l’Eglise n’offre que des +je vous salue Marie+ », selon un observateur béninois.

L’exode rural, l’expansion des villes et conséquemment l’émancipation des individus vis-à-vis des clans traditionnels favoriseraient donc la progression du catholicisme. L’Église devient une « nouvelle famille » selon Mario Giro de la Communauté de Sant’Egidio. Sa vocation à protéger des plus démunis prendrait alors tout son sens.

Si l’Eglise « ne désire pas se substituer à l’État, mais peut à travers ses nombreuses institutions dans les domaines éducatifs et sanitaires apporter réconfort et soin » a récemment observé Benoît XVI, elle occupe tout de même une fonction de premier plan en ce qui concerne l’éducation et la scolarisation des enfants et les soins prodigués aux malades du sida.

Mauvaise réputation

Mais le clergé africain a mauvaise réputation. Et pour cause : l’Église est confrontée à de nombreux problèmes allant du laxisme le plus poussé aux scandales de mœurs les plus sordides. Sans compter la violence et la corruption qui compromettent grandement sa crédibilité sur le plan international.

Nombreuses sont les relations extraconjugales ainsi que les abus pédophiles sur jeunes filles mineures : au Bénin, ce sont deux évêques, dont l’archevêque de Cotonou, Marcel Honorat, qui ont été démis de leurs fonctions.

Et quand ce ne sont pas les affaires de mœurs qui entachent la réputation de l’Église, c’est un certain  laxisme qui est pointé du doigt. Exorcismes ou sacrifices vaudous sont tolérés au sein d’un grand nombre d’églises.

Plus graves sont les violences perpétrées au nom de la religion, comme les querelles entre chrétiens et musulmans au Nigeria dont le pape Benoît XVI a exigé l’arrêt immédiat. Les évêques africains doivent aider les catholiques à acquérir et développer « une conscience juste », même lors de crises nationales. Le pape a d’ailleurs invité à « faire la vérité » sur les crimes commis ces derniers mois, en Côte d’Ivoire notamment.

La visite du Saint-Père au Bénin devrait être le moment opportun pour l’Église de renouer avec l’Afrique, « poumon spirituel pour une humanité en crise d’espérance » selon Benoît XVI lui-même. A charge au clergé africain, gangréné par la corruption et les affaires de mœurs, de ne pas se laisser polluer par les « déchets toxiques spirituels » occidentaux, autrement dit, de ne pas se laisser imposer ses choix en matière de famille et de contrôle des naissances.

(Avec AFP)
 

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