Côte d’Ivoire – CPI : Gbagbo comparaît lundi, le FPI rejette toute réconciliation nationale

Laurent Gbagbo devant son dernier combat : celui de sa défense à la CPI. © AFP

Suite au transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye, le tribunal de la CPI va procéder à la comparution initiale de l'ancien président lundi prochain. Le FPI, parti pro-Gbagbo, annonce quant à lui qu'il se retire de tout processus de réconciliation nationale en Côte d'Ivoire, à quelques jous des législatives prévues pour le 11 décembre.

Inculpé depuis le 23 novembre et incarcéré depuis mercredi dans le centre de détention de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye (Pays-Bas), Laurent Gbagbo doit être présenté à ses juges « lundi 5 décembre à 14 heures ». Lors de cette « comparution initiale » l’identité de l’ancien président sera vérifiée et les charges qui lui sont reprochées lui seront signifiées.

Âgé de 66 ans, Gbagbo est soupçonné de crimes contre l’humanité lors des violences postélectorales de la crise ivoirienne de 2010-2011 : meurtre, viol, actes inhumains et persécution commis entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril, au lendemain de sa chute. « À l’issue de cette première comparution, la chambre préliminaire fixera la date de l’audience de confirmation des charges, étape suivante dans la procédure préliminaire », précise un communiqué de la CPI. « Ceci est le premier dossier en Côte d’Ivoire. Ce ne sera pas le dernier, ce n’est que le début », a commenté Luis Moreno-Ocampo, dont il s’agit certainement du dernier dossier en tant que procureur de la CPI.

Le départ de Gbagbo pour une justice perçue comme européenne n’en reste pas moins un choc pour la majorité des Ivoiriens, en particulier pour les derniers et irréductibles fidèles de l’ancien président au sein de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Ce dernier a réagi très violemment en qualifiant le transfèrement de l’ancien président « d’enlèvement politique ».

"Victoire de la corruption"

C’est un événement qui consacre « la victoire de la corruption » et de « la magouille », a notamment dénoncé l’ancien porte-parole du président déchu, Justin Koné Katina. Surtout, le FPI annonce dans un communiqué qu’il « suspend sa participation à tout processus de réconciliation » nationale. Et donc, en tout état de cause, aux travaux de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) présidée par Charles Konan Banny.

L’opération de la CPI « n’est que la manifestation suprême d’une haine qu’ils vouent au président Laurent Gbagbo pour sa vision politique ancrée sur la souveraineté nationale. Elle finit de convaincre le FPI et ses alliés ainsi que l’opinion nationale et internationale sur le refus définitif de M. Alassane Ouattara de voir une Côte d’Ivoire réconciliée », ajoute le FPI.

En visite à Abidjan, Moreno-Ocampo avait promis le 15 octobre une enquête « impartiale » qui ciblerait « trois à six personnes ». On est encore loin du compte, malgré ses assurances. De fait, la plupart des militaires soutenant Ouattara ont été nommés à des postes stratégiques dans la nouvelle armée ivorienne. « La décision de poursuivre seulement le président déchu à ce stade risque d’être explosive sur le terrain », commente dans un communiqué Francis Dako, coordinateur pour l’Afrique de l’ONG Coalition pour la Cour pénale internationale, en mettant en garde contre une « justice des vainqueurs ».

"Absence de repentance" du camp Gbagbo, selon Soro

La procédure qui vise Gbagbo a été déclenchée le 3 mai dernier, lorsque Alassane Ouattara a demandé à la CPI d’enquêter sur les « crimes les plus graves » commis pendant la crise. Les juges avaient finalement autorisé début octobre le procureur à enquêter en Côte d’Ivoire, estimant qu’il y avait « une base raisonnable » de croire que des attaques avaient été commises contre la population civile à la fois par le camp de Laurent Gbagbo et par celui d’Allassane Ouattara, entre le 25 février et le 6 mai.

Autre réaction, celle du Premier ministre Guillaume Soro. « L’absence de repentance et le manque d’humilité du FPI ont conduit M. Laurent Gbagbo à la CPI », a-t-il déclaré mercredi lors d’une intervention au conseil des ministres. « Le FPI a rejeté la main tendue du président Alassane Ouattara par son refus de participer au gouvernement, son refus de prendre part aux prochaines élections législatives du 11 décembre, manquant ainsi de concourir à l’apaisement général et à la réconciliation nationale », accuse-t-il. Poursuivant : « Durant sa détention à Korhogo (nord), depuis le mois d’avril jusqu’au mardi 29 novembre, M. Gbagbo n’a entrepris aucune démarche en vue de nouer le dialogue avec vous. Bien au contraire, des mots d’ordre extrémistes ont été donnés par avocats interposés pour entraver la normalisation en cours ».

Troisième président poursuivi par la CPI

« Dans mon intime conviction, si le FPI était représenté au gouvernement, participait aux législatives et s’engageait dans la vraie réconciliation, ce serait autant d’espace et d’arguments qui auraient peut-être permis de tracer un tout autre destin pour leur dirigeant, » a conclu Soro.

Gbgbo n’est pas le premier ancien président à être jugé par la CPI : celui de l’ex-Yougoslavie, Slobodan Milosevic, était décédé dans sa cellule à La Haye, en mars 2006, avant même la fin de son procès devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Quant à l’ancien président du Liberia Charles Taylor, il est quant à lui dans l’attente d’un jugement dans son procès devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), à La Haye.

(Avec AFP)