Andry Rajoelina : « C’est en chef d’État que Nicolas Sarkozy m’a reçu »

Andy Rajoelina a rencontré Nicolas Sarkozy, le 7 décembre 2011 à Paris. © AFP

Andry Rajoelina, le président de la Haute Autorité de la Transition (HAT) malgache était à Paris cette semaine. Une première visite officielle en France, pendant laquelle il s’est entretenu avec Nicolas Sarkozy mercredi 7 décembre 2011, et a assuré vouloir organiser des élections le plus rapidement possible.

« C’est en qualité de chef de l’État que Nicolas Sarkozy m’a reçu », a déclaré fièrement Andry Rajoelina, lors d’une conférence de presse, jeudi matin à Paris. Le jeune dirigeant malgache (37 ans), qui a rencontré le président français mercredi 7 décembre, souhaitait que sa première visite officielle en France fasse foi de « reconnaissance officielle ».

Pari réussi donc pour Andry Rajoelina, dont le régime, mis au ban des institutions internationales depuis sa prise de pouvoir le 17 mars 2009, tente coûte que coûte d’assoir sa légitimité. Une importante victoire, également, quand on sait que la France qualifiait il y a encore deux ans de « coup d’État » son arrivée au pouvoir avec le concours de l’armée.

Les félicitations de Sarkozy

Andry Rajoelina affirme avoir reçu les félicitations du Nicolas Sarkozy au sujet de « l’évolution de la situation politique à Madagascar ». Une Feuille de route a été signée le 17 septembre 2011 par la plupart des partis malgaches avec les médiateurs de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Un Premier ministre, Omer Beriziky, et un gouvernement de « consensus» pour la transition ont été nommés trois semaines plus tard.

L’ancien maire d’Antananarivo l’affirme : « 90 % de la feuille de route » a déjà été mis en œuvre. Rajoelina souhaite aller au plus vite « vers la normalité constitutionnelle ». Un retour à la normale conditionné par la tenue d’élections libres, équitables et crédibles.

Il assure que sa priorité consiste à les organiser le plus rapidement possible. Mais quand ? D’abord évasif, il explique que « la date sera fixée par les Nations unies et la Commission électorale indépendante, en cours de reconstitution, avec le concours de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) ». Plus précis : « selon notre Code électoral, le scrutin doit avoir lieu entre le 30 avril et le 30 novembre de la même année », mais « je souhaite que l’on vote dès le début de la période de référence, en mai. »

Zones d’ombre

Ces élections se feront-elles avec ou sans lui ?  L’actuel président de la Haute Autorité de la Transition (HAT) maintient sur cette question un bien maigre suspens. « Si je suis sûr de réussir ma mission, je porterai ma candidature », lâche-t-il. Mais malgré la signature de la feuille de route, plusieurs zones d’ombres obscurcissent encore le ciel malgache.

Rentré de neuf années d’exil en France le 24 novembre dernier, Didier Ratsiraka n’a pas signé la feuille de route, contrairement aux autres ex-présidents. Il ne compte aucun de ses hommes au sein du gouvernement d’union nationale mis en place le 21 novembre. L’ancien président a récemment proposé la tenue d’une conférence nationale afin d’aplanir les différends. Une offre que Rajoelina ne compte pas considérer. « Il n’a pas signé la feuille de route, il n’a pas son mot à dire », explique-t-il sèchement.

9 millions d’euros de l’AFD

Concernant le possible retour de l’ancien président Marc Ravalomanana sur la Grande île que le sommet des chefs d’États de la SADC a qualifié de « sans conditions », Rajoelina  estime qu’il « pourrait engendrer des conséquences » sans en préciser le caractère mais en invitant la SADC à « bien évaluer cette possibilité ». « La plaie est ouverte. Je ne suis pas pour l’impunité. La plupart des gens ne sont pas près d’accepter ses méfaits. Ni aujourd’hui, ni demain. Ni peut-être après-demain ».

Andry Rajoelina repart donc de Paris avec un peu plus de légitimité… mais aussi neuf millions d’euros de prêts débloqués par l’Agence française de développement. Et, peut-être, la perspective de voir bientôt se réouvrir les robinets de l’aide internationale, dont le peuple malgache est privée depuis bientôt trois ans, et qui représentait près de 50% du budget de l’État.

Le président de la HAT pourra en tout cas compter sur le soutien de Nicolas Sarkozy. Ce denier lui a aussi promis qu’il fera une intervention au niveau de l’Union Européenne pour que les sanctions soient levées.